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DOMINO

DOMINO
Tony Scott est avant tout un formaliste. Il l'a prouvé tout au long de sa carrière en alternant publicités officielles (Top Gun) voir officieuses (USS Alabama) et films plus personnels (Les prédateurs, Spy Game, Man on fire) qui eux possédaient aussi un fond. Dans domino il retrace le parcours pas toujours vrai de Domino Harvey. Domino fut en général descendu par la critique et c'est vrai qu'en prônant le plaisir immédiat et en expérimentant les partis pris visuels à leur maximum, Scott n'essaye pas de caresser le cinéphile bien pensant et fermé dans le sens du poil. Mais en s'y penchant un peu, on y voit un objet éminemment cool, décomplexé et intelligent doublé d'un exercice de style visuel ahurissant. Bref, du petit culte sur pellicule qui mérite tout notre intérêt.

Jeune mannequin célèbre issu d'une famille en vue, Domino Harvey décide de tout quitter pour devenir chasseuse de primes. Fuyant les défilés et les mondanités, elle se jette dans l'univers de la traque et du danger...

Serait-il possible de classer Domino dans une catégorie précise ? Mélange de Tarantino (dialogues, citations) et de Stone période Tueurs nés et U-Turn ? Se serait bien simple. Le script signé par Richard Kelly (Donnie Darko et Southland Tales, que l'on attend de pied ferme) s'avère en fait bien plus profond que ne le laisse transparaître son aspect décomplexé. Car si Domino est bel et bien un film décomplexé, la complexité peut se retrouver au niveau de certaines thématique (un grand fuck à Hollywood ou encore le fait de faire du chauffeur un afghan) ou encore des enjeux dramatiques et humains. Le personnage de Domino, central, est bâti dans une introduction très riche. Car sous les effets cuts, la musique géniale et le style de narration (voix off de Domino qui raconte les évènements avec sa subjectivité donc forcément c'est personnel et divertissant), les 20 caméras de Scott scrutent la jeunesse d'une fille coincée entre le manque parental et une éducation trop stricte pour elle. Scott est assez malin pour ne pas le faire avec un sérieux qui manquerait de cohérence avec la suite du métrage et qui sonnerait faux. Ainsi le ton cool mêlé aux claques visuelles fait des merveilles. Exemple typique : Lors du bisutage, Keira Knightley se fait insulter sur son physique. Elle demande à son agresseur (une bonne barbie décérébrée) si elle s'est déjà fait refaire le nez avant de lui exploser à coups de poings. La scène doit durer une vingtaine de secondes, comporte une dizaine de plans minimum et est bercée par une musique rock très speed. Une belle démonstration du ton affiché par un Scott qui avant tout chercher à faire plaisir à son publique et qui atteint son but avec Brio.

L'intrigue se révèlera assez complexe avec de nombreux tenants et aboutissants (mais les autres passages narratifs qui précèdent la grande intrigue prennent une grand partie du film et son vraiment excellents, de quoi se motiver pour la suite de l'action tout aussi passionnante), avec des bases de Thriller (au passage petit clin d'½il rigolo à Point Break). Loin de la complexité d'un Spy Game cependant. Au passage Kelly, au script, s'amuse comme un fou. Il s'amuse à détruire radicalement les sitcoms américains et la télé réalité (avec le personnage de Christipher Walken, peu présent mais très bon) tout en mettant en avant ses héros, assez glamour, qui vivent en liberté à 100 à l'heure et qui sont bien supérieurs aux autres personnages, comme les acteurs de la série Beverly Hills qui jouent leur propre rôle. C'est là que Scott fait fort, en usant du romantisme, en dégageant un vrai charisme de personnages pourtant ambigus comme Choco qui est limite psychopathe ou Ed (Mickey Rourke, magnifique) qui est avant tout un perdant. Il fait valoir un souffle de liberté chez ces chasseurs de primes, le même souffle qui pousse Domino qui refuse la vie rangée et aime l'aventure.

Visuellement, le film pourrait faire passer Tueur Nés pour un long plan séquence. Scott expérimente tout et livre un trip jamais vu. Chaque passage est montré sous des angles changeants en permanence avec force de zooms, de filtres, d'effets de focale, de travellings ultra rapides, ralentis ou accélérés, distendus, travaillés. Il est presque impossible de décrire la folie visuelle qui traverse Domino (il est d'ailleurs plus simplement impossible de parler correctement de Domino tant c'est un film à voir, dans tous les sens de l'expression.) C'est du jamais vu sur écran et là aussi le spectateur peut être soit captivé soit dégoûté. Moi je fus conquis par cette expérimentation incessante, cette recherche et au final ce résultat ahurissant. La B.O est signé par un Harry Gregson Williams dont les thèmes orchestraux sont en fait très rares. Car on a avant tout affaire à une véritable machine à tubes, parfois récents parfois rétro. Gros point fort du film : les acteurs et surtout Keira Knightley, qui porte le film et qui est tout simplement hallucinante. Elle signe ici la quintessence de l'héroïne sexy mais libre et forte (parfois masculine dans ses attitudes). D'une beauté renversante et d'un charme fou, elle compose une Domino sublime et sa prestation mériterait des prix. Rarement tel présence n'aura été vue, surtout pour une actrice qui ne joue pas toujours de cette façon, la faute aussi aux rôles (Pirates des Caraïbes par exemple ou comment un rôle peut brider le talent et le charme d'une actrice au profit des cabotinages du non moins excellent Johnny Depp). A ses côtés le grand Mickey Rourke qui campe un loser charismatique. Il se sert encore une fois de son vécu pour composer une gueule cassée au grand c½ur et à la personnalité riche. Il est tout simplement Ed Moseby tant le rôle semble avoir été écrit pour lui. Découverte du film : Edgar Ramirez qui campe un Choco romantique et ambigu avec grâce (ses regards en disent long) et qui donne à son personnage sa richesse. Espérons qu'il n'en restera pas là. Et puis il y a toute cette brochette de seconds couteaux tous aussi bons les uns que les autres : Christopher Walken, lucy Liu, Jacqueline Bisset, Mena Suvari, Delroy Lindo. Malgré leur importance plus ou moins secondaire (mais ils sont quand même au premier plan des personnages et guident l'intrigue en apparaissant à des moments différents) il arrivent par leur talent à donner à leurs personnage toute leur personnalité.

L'émotion est toujours présente dans le film et Scott sait y faire en ne trichant jamais avec son public (un des seuls à n'avoir jamais triché d'ailleurs, malgré des films médiocres parfois). Car Domino est parfois dure, car si l'arrachement d'un bras au fusil à pompe se fait en 10 plans sur fond de musique rétro, on ressent quand même l'horreur de la chose. L'émotion est d'ailleurs provoqué frontalement vis à vis du spectateur : rire, répulsion ou même émanations sexuelles, comme dans la scène du trip sous mescaline. C'est ici aussi que Domino a pu perdre son public, en étant un grand huit pour les sens mais aussi les émotions. Car sous l'attitude désinvolte et rock, il y a une âme, qui ne demande que l'adhésion au film pour être découverte.

Domino est donc en quelque sorte l'aboutissement des recherches visuelles de Tony Scott. Mais se serait réducteur que de cloisonner ce superbe objet filmique dans ce registre. Film d'une incroyable densité émotionnelle et thématique, qui est avant tout fait pour le cinéphile et son plaisir directe (citations, acteurs, situations), Domino a de quoi diviser. Il peut être indigeste si l'on ne rentre pas dans son univers particulier mais pour peux que votre sensibilité et votre culture vous fassent adhérer au monde (car c'est tout un monde) bâti par Scott alors vous vivrez une expérience incroyable. Véritable manifeste de cool attitude doublé du récit d'une héroïne sublime (on ne le dira jamais assez), Domino est un film qui se savoure, un film plus riche qu'il ne peut paraître. En le chroniquant je n'ai pas eu l'ambition de l'analyser vraiment ou de lui rendre l'honneur qu'il mérite, mais celle de faire partager mon enthousiasme pour ce très bel objet filmique. Domino un chef d'½uvre ? Ce serait un terme trop classique pour qualifier ce film qui justement refuse toute forme de classicisme en préférant la liberté dans tous les domaines. En tout cas une bombe de bonheur qui explose littéralement, une révolution.

Ma note : 8/10 confine au génie (et j'assume ce propos). Génie dans tous les domaines d'ailleurs.

# Posté le samedi 13 janvier 2007 10:04

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