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THE FOUNTAIN

THE FOUNTAIN
A notre époque, peu de réalisateurs peuvent encore se vanter d'être uniques et d'avoir développé un cinéma qui leur est propre. Il y a certes les descendants du nouvel Hollywood (Scorsese, Spielberg etc....), les auteurs qui donnent leur noms à des qualificatifs qui désignent leur œuvres (peut on définir un film de Lynch par un autre adjectif que lychien ?) et puis les autres. Darren Aronofsky est un petit génie qui en 2 films a su imposer au monde des cinéphiles son statut hors du commun. D'abord PI, thriller mathématique et fauché qui était une plongée dans l'univers métaphysique déliquescent d'un homme dont la quête était la résolution du nombre ultime. Un premier électrochoc qui nous asseyait littéralement (Aronofsky est peut-être le seul cinéaste à procurer des chocs tant physiques que mentaux) mais où l'on relevait de rares petites imperfections (l'envie de tout montrer dans un premier film) qui heureusement n'entachaient en rien la vision de ce film culte. Puis en 2000 vint Requiem for a dream, choc qui balaya tout sur son passage. Véritable requiem bâti en spirale, ce chef d'œuvre sur l'addiction et la recherche d'un paradis inexistant assit définitivement le statut de génie d'Aronofsky. Baroque, moderne, métaphysique, formellement incroyable (la marque d'un auteur à la fois novateur mais si génial), sensationnel (les sensations ressenties étaient hors du commun), fatal, à la musique divine (Clint Mansell aussi imposait un choc). Un chef d'œuvre qui nous renvoyait à nous même, porté par un scénario méticuleux (adapté d'Hubert Selby Jr.), des acteurs habités par leur rôle (Ellen Burstyn qui y laissa de sa santé), Requiem for a dream était une révolution et laisse des traces dans le parcours du cinéphile (il faudrait beaucoup de place pour en parler). C'est donc avec impatience que l'on attendait The Fountain, projet maintes fois reporté qui arrive enfin en 2006. le résultat est là, sans appel.

The Fountain raconte le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime.
Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, censée offrir l'immortalité.
Aujourd'hui. Un scientifique nommé Tommy Creo cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi.
Au XXVIe siècle, Tom, un astronaute, voyage à travers l'espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent depuis un millénaire.
Les trois histoires convergent vers une seule et même vérité, quand les Thomas des trois époques - le guerrier, le scientifique et l'explorateur - parviennent enfin à trouver la paix face à la vie, l'amour, la mort et la renaissance.


The Fountain était un projet qui tenait vraiment à cœur à Aronofsky. Après une première mouture envoyée à la Warner, le réalisateur se vit allouer un budget confortable de 100 millions de dollars. Dans les rôles principaux, Brad Pitt et Cate Blanchet. Malheureusement, la star quitta le navire pour aller rouler des mécaniques dans le péplum chewing-gum Troie (quoique sympathique) et la Warner, affolée par les envolées du budget, stoppa net le projet. A partir de ce moment Aronofsky remania son script et envoya une copie de l'original à un célèbre dessinateur de comics qui en fit l'adaptation. Budget revu à la baisse par un script qui fit des concessions mais aussi peut-être maturation et approfondissement (on ne le saura peut-être jamais), le projet The Fountain put être remis en route. Dans les rôles principaux, Hugh Jackman et Rachel Weisz, devenue madame Aronofsky. Alors que l'on pouvait craindre un blockbuster émotionnel (une bande annonce qui laissait présager un simple film d'aventure à travers le temps), Aronofsky nous prouve une fois de plus son génie dans son meilleur film, ce qui n'est pas peu dire.

L'amour est il éternel ? Une question qui semble traverser le film et qui, si elle semble assez enfantine, est ici traitée avec une grande complexité. Car Aronofsky, malin, multiplie les pistes de lectures. Simple rêve ou complexe métaphysique relatant une quête sur 3000 ans ? A la sortie de salle, les questions persistent et l'on n'arrive pas à trancher. Moi même je ne savais quoi penser et il me fallut une bonne nuit de sommeil pour arriver à saisir un dixième de l'ampleur de ce que je venais de voir. Mais au cœur de la complexité qu'il met en place, Aronofsky a la bonne idée de ne pas tricher avec les sentiments. On a rarement était étreint par l'émotion comme dans les scènes entre Tom et Izzi, où, au delà de l'amour et de la mort, il y a ces deux êtres, si humains. Mais le réalisateur choisit aussi de nous toucher directement par des procédés pas si évidents. Ne voit on pas d'une certaine façon ce qu'il y a après la mort ? Ce type de complexe appartient purement au style Aronofsky, qui après nous avoir plongé directement dans l'univers mental du mathématicien de PI nous faisait ressentir les sensation suites au prises de drogue ou des sensations comme la paranoïa dans Requiem for a Dream. Ce façon de toucher directement le spectateur à la fois par un complexe mental mais aussi par un mise en scène inspirée est utilisée frontalement dans certaines scènes de The Fountain.

Mais est-il possible de définir The Fountain ? En touchant à ce point l'universalité, Aronofsky ne fait rien moins que toucher à l'essence des thèmes comme l'amour, la peur de la mort, la quête intérieure (si la quête est purement intérieure). Il touche à l'essence du fantastique et de la science-fiction. Le réalisateur croise les époques, faisant apparaître ses personnages à des moments différents, comme pour souligner l'idée du parcours initiatique, de la quête intérieure (Tom apparaissant devant le prêtre maya qui réalise qu'il a en face de lui l'incarnation de sa croyance). Le face à face entre Tomas et les indiens (qui à l'origine aurait du être une guerre entre l'armée espagnole et l'armée maya) ne fait que renforcer cette idée, car en abandonnant sa peur l'homme fait un pas à la fois physique et mental vers sa quête de l'amour et la vie éternelle. Une façon de soit renforcer l'idée de quête (si ce récit est réel) soit de rendre plus fort le message qu'Izzi veut faire passer à Tommy à travers son manuscrit The Fountain.

Formellement, c'est tout simplement une révolution. Les personnages sont cadrés de près pour coller à leurs émotions. Aronofsky veut encore ici inscrire son œuvre dans l'universalité. Ici le montage ne suit pas les mêmes règles que dans Requiem for a dream. Les scènes se suivent de façon plus posées, les plans sont souvent d'une symétrie effarante et en tout cas d'une beauté plastique jamais vue (malgré le budget revu à la baisse on a parfois du mal à y croire que ce soit dans le passage de Tom avec l'arbre du futur ou lors de la découverte de l'arbre de vie par Tomas). Certains éléments du style Aronofsky sont bien reconnaissable : vue en plongée directe, contre jour ou encore un travelling incroyable et silencieux suivant subjectivement Tommy dans la rue avant que celui-ci ne soit ramené à la réalité par une voiture qui manque de l'écraser. Le score de Clint Mansell atteint des sommets de magnificence. Une musique divine qui illustre avec grâce les sublimes images et qui se révèle indispensable. Les acteurs, très rares (et l'ont voit surtout les deux principaux voir même encore plus celui de Tommy) sont touchés par la grâce. Jackman (après les prestige) ne trouve ici rien moins que le rôle de sa vie. Il livre une interprétation bouleversante, tout simplement incroyable (les scènes de la mort d'Izzi en témoignent). De son côté, Rachel Weisz parvient elle aussi à nous émouvoir aux larmes dans des scènes parfois risquées comme l'étreinte passionnée dans la baignoire ou lorsqu'elle déclare qu'elle n'a plus peur de la mort. Elle trouve également ici le rôle de sa vie.

Il serait long de parler de The Fountain et criminel de prétendre pouvoir analyser en quelques lignes ce chef d'œuvre. Darren Aronofsky arrive sur une heure et demie (à peine le format normal) à nous en dire plus que beaucoup d'autres films sur plus de trois heures. Une performance incroyable de la part de l'auteur (car il est définitivement un auteur). Les qualificatifs manquent pour décrire The Fountain. Une histoire d'amour, un récit métaphysique (il suffit de voir Tom se détacher de la bulle entourant l'arbre dans un plan magnifique pour comprendre), récit universelle, quête spirituelle (diverses religions sont présentes : la chrétienne pour les espagnols, le bouddhisme avec l'idée de renaissance, la religion des mayas). Les qualificatifs seraient aussi nombreux, aussi nombreux que le sont les pistes de lecture. Car est-ce vraiment un récit à travers les âges ou simplement la description du mental d'un homme refusant de regarder la mort en face (« La mort est une maladie comme les autres. Je trouverai comment la soigner » déclare-t-il avec une force d'une émotion rare) ? Le fait est qu'au final, on ne ressort pas le comme avant d'une projection de The Fountain.

A travers cette critique, je n'ai pas tenté d'effleurer le dixième de la richesse de l'œuvre. Un film au delà du temps et de l'espace (Xibalba est-elle la quête suprême de tout humain ?), Darren Aronofsky vient encore de nous asséner une claque incomparable. Il livre ici son meilleur film, parvenant à surpasser ses précédents opus par un chef d'œuvre indescriptible. Une chose demeure : il faut voir à tout prix The Fountain pour se faire une idée. Je me suis fait la mienne et je n'en suis pas revenu. Comparer ce film à 2001 (comparaison plus que très honorable) ou encore à Solaris (de Tarkovski et pas de Soderbergh bien évidemment) serait priver le film de son identité propre mais révèle une envie de comprendre le film, de la rapprocher de quelque chose de connu, de la rationaliser. Darren Aronofsky touche simplement à l'ultime.

Ma note : 10/10 Essentiel, indispensable, ultime.

# Posté le dimanche 31 décembre 2006 06:42

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