Munich

Munich
Le chef d'œuvre secret de Steven Spielberg. Voilà comment la critique enthousiaste définissait Munich avant sa sortie. Mais au fond, qu'est-ce que Munich ? Un thriller efficace ? Une dénonciation de la nature humaine ? Un pamphlet qui dénonce la guerre entre israéliens et palestiniens ? Munich est à la fois tout cela et tellement plus. Une nouvelle fois les plaisirs de la critique dithyrambique s'offrent à moi et cela est pleinement justifié, aussi pour s'en convaincre je ne saurais que conseiller à tous ceux qui ne l'auraient pas fait d'aller voir Munich, tant la vision ( les visions ) de ce chef d'œuvre en disent plus que des lignes d'écriture.

Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir s'introduit dans le Village Olympique, force l'entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. 21 heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme.
Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d'otages, le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée "Colère de Dieu". Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l'attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l'ombre...



Muniche calque son postulat de départ sur des faits historiques. Le 5 septembre 1972, une unité terroriste palestinienne issue du Fatah nommée septembre noir prend en otage des athlètes israéliens lors des jeux olympiques de Munich et les tue. Cette barbarie déclenchera une violente réaction de la part des israéliens qui, sous les ordres du Premier ministre Golda Meir, déclencheront l'opération « Colère de Dieu ». Cinq agents du Mossad devront assassiner onze palestiniens impliqués dans Munich. Le point de départ du métrage est la tristement célèbre prise d'otages, reconstituée d'une main de maître par Spielberg qui adopte une réalisation esthétique et efficace. On vit donc cet événement parallèlement entre le lieu de l'horreur et les différents peuples qui sont à l'extérieur et qui suivent ce qui se passe avec la télévision ( très présente dans le film ). Ce parallélisme sera rompu lors d'une mise en abyme astucieuse de la part du réalisateur : La célèbre image de l'homme encagoulé qui sort sur le balcon sera montrée lors d'un plan d'intérieur de l'endroit où sont retenus les israéliens, on y distingue au premier plan une télévision diffusant l'image et juste après l'homme montré, qui sort sur le balcon. Ce plan qui peut paraître anodin est donc lourd de sens, en plus d'être ingénieux.

La durée du métrage est donc obligatoire pour suivre le schéma narratif qu'a mis en place ce grand cinéaste qu'est Steven Spielberg. Le personnage central du récit est celui d'Avner, joué par un Eric Bana parfait. Après nous avoir relaté les faits, le réalisateur nous fait donc suivre le parcours de cet homme et de ces quatre compagnons qui vont accomplir une vengeance froide au nom de leur peuple. La vengeance est l'un des thèmes principaux de Munich qui en comporte beaucoup. Vengeance est avant tout le titre du livre dont Spielberg s'est inspiré pour son film, mais aussi le titre qu'il avait initialement choisi pour le métrage. Elément principal du postulat, ce thème sera également présent tout au long de l'histoire dans diverses situations. Mais classer Munich dans le registre des œuvres universelles sur la vengeance serait trop réducteur. C'est là que l'on se rend compte que Munich est un film extrêmement difficile à critiquer, que se soit pour l'analyse de tous les éléments du récit ou encore de la mise en scène, qui frôle la perfection.

S'attarder sur la trame narrative de l'œuvre est donc inutile, tant la richesse thématique et intrinsèque est renforcée par des qualités plastiques et artistiques sans failles. Munich est un chef d'œuvre, et le voir est la meilleure façon pour s'en convaincre. Tout au long des 2h40 de pellicule on ressent ce souffle propre au grand cinéma, chaque personnage est d'une richesse incommensurable, chaque aspect de la mise en scène est calculé pour aboutir à un résultat final impressionnant, mêlé à une reconstitution historique parfaite et calculée ( même si l'on échappe pas à certains clichés comme une représentation parfois naïve de Paris). L'écriture du scénario elle aussi est sans défauts.

La distribution elle aussi réalise un sans faute avec des acteurs impressionnants, à commencer par Eric Bana dans le rôle titre, tout simplement parfait. Viennent s'ajouter entre autres Mathieu Kassovitz, vraiment bon acteur ( et mauvais réalisateur ), Daniel Craig ( le nouveau James Bond ), qui présente un grand potentiel et même Michael Lonsdale, étonnant. Enumérer tout le casting serait dresser une longue liste d'acteurs géniaux parfaits dans leur rôle, que ce soit pour les cinq protagonistes principaux ou tous les seconds rôle.
La musique de John Williams est fidèle à son auteur, c'est à dire encore une fois parfaite ( une des ses meilleurs compositions d'ailleurs ), et l'homme confirme encore une fois son statut de génie de score. A sa partition viennent s'ajouter quelques chansons populaires en accord avec les situations où on les entend, comme « des millions d'amoureux », d'Edith Piaf ou « Let Stay Together » de Marvin Guay ( également présente dans Pulp Fiction, de Quentin Tarantino ).
Encore une fois, Spielberg nous montre sa grande maîtrise technique, que ce soit au niveau visuel ( effets spéciaux, photo de Kaminski ) ou sur le plan des effets spéciaux ( très présents dans le film ), sans passer par le biais de l'entertainment, bien que Munich soit également très prenant et divertissant.

Il est important de noter que Spielberg abandonne certaines conventions inhérentes à sa filmographie : pas de vraie happy end ( Le héros reste seul avec ses doutes et interrogations, son supérieur refuse de briser le pain avec lui et le banni d'Israël en quelque sorte ), la violence est traitée et ce avec réalisme et froideur. Certains de ses thèmes sont quand même présents, comme la famille, analysée dans la plupart des films du cinéaste. La volonté d'élargir l'histoire au delà de son époque est donc un facteur temporel qui dépasse l'aire du temps si bien captée par Spielberg, qui dénonce également la perte de l'innocence ( le héros est un père de famille ) en ramenant son histoire à une lutte intemporelle entre les peuples. Fait assez rare pour être souligné : Spielberg rend hommage à des films, comme Apocalypse Now ( Au delà des références, Munich est également une quête initiatique. ). Je ne vais pas tenter ici non plus de basculer dans l'analyse, car Munich est si riche que pour l'analyser de façon exhaustive un ouvrage serait plus approprié qu'une critique qui en citant quelques aspects du chef d'œuvre passerait à côté de nombreux aspects. La richesse de Munich est telle que de nombreux visionnages s'imposent pour avoir une vision à peu près globale du film. Je sens moi même en ce moment qu'à travers cette critique je ne rend pas hommage à ce chef d'œuvre, et bien que des dizaines d'éléments du film me viennent à l'esprit je vais résister à l'envie de les énumérer. Dire que Munich est un film qu'on ne peut définir comme appartenant à un genre, qui a une richesse thématique et symbolique gigantesque et qui toutes les qualités possibles et imaginables est donc très réducteur pour le métrage.

Disserter sur Munich pourrait être encore long. A la fois violent, émouvant, intelligent, dénonciateur, beau, tragique, sombre, riche, le film de Spielberg mériterait bien des qualificatifs. Définir Munich serait également une dure épreuve, car le film est beaucoup de choses à la fois et tellement plus. Il serait bien long d'analyser chaque aspect de Munich, qui aborde une richesse thématique rarement atteinte, servie par un traitement cinématographique hors du commun. Une œuvre d'une richesse rarement atteinte qui fut pour moi lors de la projection un vrai choc cinématographique et qui continue sans cesse de me hanter en me faisant réfléchir. Munich fait partie de ces chefs d'œuvre qui acquièrent dès leur sortie le statut d'œuvre majeure, vraiment justifié dans ce cas là. Une chose est sûre : il y aura un avant et un après Munich, qui s'impose comme une date importante pour tout cinéphile, au même titre que le 5 septembre 1972 fut une page sombre de l'histoire. Un objet filmique d'une richesse indescriptible qu'il faut à tout prix voir tellement l'œuvre est riche. C'est cela, du grand cinéma.

Ma note : 10/10 PLus qu'un chef d'oeuvre et une leçon de cinéma : une leçon de vie.

# Posté le jeudi 02 février 2006 09:41

LORD OF WAR

LORD OF WAR
Quitte à commencer 2006, autant le faire avec la critique d'un film sorti le premier mercredi de 2006. Prenons Lord of War, dernier film d'Andrew Niccol, qui m'a vraiment impressionné. Nous assistons, en tant que spectateurs, à une multitude de films politiques qui déferlent dans les salles. L'idée de faire du cinéma engagé est louable, mais il y a plusieurs façons de le faire. Certains traiteront leur sujet en tombant dans les écueils du documentaire, ce qui donne des œuvres parfois intéressantes mais qui perdent toute dimension cinématographique. D'autres préfèreront faire un film satirique qui sait démontrer sa thèse en partant d'un postulat simple et où chaque élément a une importance ( cela peut donner Starship Troopers ). Et puis il y a ceux qui vont vous raconter l'histoire d'un personnage qui évolue dans un contexte, l'histoire d'un homme. Et c'est ce que Niccol fait, en narrant l'histoire de Yuri Orlov, trafiquant d'armes.

Pour que ma critique soit aussi bonne que possible, je vais tenter de ne pas trop donner mon point de vue sur le message de Niccol. Pour avoir votre avis sur la question, je ne saurais que vous conseiller de courir voir le film, on en ressort moins bête. Mais commençons par le commencement, à savoir un auteur, Andrew Niccol. Cet homme n'est pas un génie, tout le monde l'a compris ( lui en premier ), mais c'est un auteur qui sait pondre des scripts d'une rare intelligence. Il peut les mettre en scène ( Gattaca ), ou simplement les rédiger ( Truman Show, c'est lui ). Ses œuvres ont la particularité d'être très intelligentes et efficaces, divertissantes et dénonciatrices. Après une introduction très symbolique ( Nicolas Cage, debout sur un sol jonché de balles, qui dit approximativement : sur cette terre, un homme sur douze est armé. La question, c'est comment faire pour armer les onze autres), le générique de départ est lancé. Il s'agit d'un plan séquence qui suit la « vie » d'une balle. On commence par sa fabrication, puis toute les péripéties jusqu'à sa fin s'enchaînent. Et c'est fin, c'est d'être envoyée dans la tête d'un enfant. L'ingéniosité de ce plan séquence est d'autant renforcée par le fait que la caméra adopte une vue subjective de la balle.

Le récit est raconté à la première personne par Yuri Orlov, qui commence par nous parler de sa jeunesse. Il met en place le cadre de l'histoire. Ainsi suit-on son parcours depuis le jour où il assista en vrai à un règlement de comptes ( ce qui marqua le début de ses affaires ) à aujourd'hui, le film se terminant là où il avait commencé, avec notre « héros » sur le sol plein de balles. Le potentiel de divertissement du film est donc bien présent, et l'histoire est vraiment prenante. Plutôt que de plagier Bowling for Columbine, Lord of War se rapproche d'un Aviator. Les personnages évoluent donc dans cette histoire très riche. A chaque plan les idées fusent. Niccol a eu le bon goût de ne pas abuser des scènes chocs ( il y en a quand même un certain nombre ) et sait user de subtilité. A titre d'exemple, la scène où Nicolas Cage est assis sur une statut de Lénine étalée sur sol et fait ses comptes est particulièrement évocatrice. Car en se déroulant des années quatre vingt à aujourd'hui, Lord of War capte à merveille l'évolution mondiale et dépeint de façon très juste chaque période du récit, cela par une foule de détails.

Les acteurs sont magistraux. Nicolas Cage dans l'un de ses meilleurs rôles ( c'est dire ! ) mais aussi Jared Leto, parfait en toxicomane qui s'ouvre sur le monde mais aussi Ian Holm et Ethan Hawk. La musique est signée Antonio Pinto ( qui a travaillé sur celle de Collateral ). L'emballage est donc très soigné, et la photographie sobre et magnifique renforce la qualité du film. Niccol, avec une mise en scène excellente et un script d'une intelligence rare parvient à nous livrer un film très divertissant, ce qui implique d'autant plus le spectateur dans le message que le réalisateur a à faire passer. A aucun moment du récit il ne prend parti, il se contente de nous raconter une histoire et il le fait bien. La seul fois où le réalisateur exprimera son point de vue, c'est par l'intermédiaire d'intertitres avant le générique de fin.

Lord of War est donc un excellent film. Andrew Niccol nous prouve encore une fois sa maîtrise de l'écriture et de la réalisation tout en nous transmettant un message important. Un film intelligent, d'où on ressort plus intelligent ( ou moins bête ), oui mais ce serait réduire Lord of War au simple statut de métrage pamphlétaire. Car c'est aussi une histoire forte, racontée avec habileté et qui touche directement le spectateur. L'année 2006 commence donc très fort avec ce Lord of War, qui, il faut l'avouer, est un petit ( soyons modestes ) chef d'œuvre.

Ma note : 9/10

# Posté le mardi 17 janvier 2006 04:08

Modifié le jeudi 07 juin 2007 07:59

2005

2005
L'année 2005 est terminée, il est donc temps d'en faire le bilan. L'an passé a été très riche cinématographiquement. Nombre de productions, qu'elles visent un grand public ou lorgnent vers le cinéma d'auteur, se sont avérées excellentes, et de nombreuses attentes de spectateurs ont été comblées. Je ne vais pas classer tous les films que j'ai vu en 2005 mais je vais plutôt essayer de dresser un top 10 qui reflètera mes coups de cœur, puis de revenir sur certains points qu'il est important d'aborder. Je souhaite donc une bonne lecture à tous.

Voici donc mon top 10 de l'année 2005 :
1 : Star Wars épisode III la revanche des sith
2 : King Kong
3 : A history of violence
4 : Sin City
5 : Match Point
6 : La guerre des mondes
8 : Batman Begins
9 : Kiss Kiss Bang Bang
10 : Broken Flowers

Je tiens tout d'abord à commenter ce classement. Il faut le considérer comme une liste des meilleurs films vus cette année, et non s'en tenir aux places arbitraires données par les chiffres qui n'ont pour signification que de numéroter sans but précis. Certes, King Kong et Star Wars ont été les meilleurs films et je n'arrive pas à les départager. Je vais donc clairement à l'encontre des critiques en clamant haut et fort que le dernier opus de la saga la plus mythique de tous les temps est un vrai chef d'œuvre et qu'il réalise tous mes rêves de fan. Car que voulez vous, je vénère Star Wars depuis mes cinq ans. King Kong est également un pur moment de cinéma, mais il suffit de le voir pour s'en convaincre.
A history of violence est de loin le meilleur film de David Cronemberg et mérite vraiment qu'on s'y attarde.
Sin City est vraiment un film réussi de bout en bout quoiqu'en disent certains, et prouve que certains réalisateurs peuvent se surpasser (enfin bon si on considère que le film ne doit pas tout à Frank Miller)
Match Point est un grand film, avec ce que cela implique, et devient dès sa sortie un des meilleurs films de Woody Allen (ce qui n'est pas peu).
La guerre des mondes, dernier Spielberg en date (Munich va faire mal) est étonnant sur plus d'un point, et mélange avec brio grand spectacle et intimisme. Cela relève d'une maîtrise formelle.
Batman Begins est un excellent film à plus d'un titre qui mérite au moins deux visionnages, qui revisite le mythe du super héros tout en restant fidèle à son histoire. Quand grand spectacle (le côté raté du film, d'ailleurs) se mêle à la psyché d'un héros troublé, cela donne le meilleur film de Christopher Nolan, l'auteur de Memento.
Kiss Kiss Bang Bang est déjà un film culte pour moi, un pur bijou de film noir moderne qui capte l'essence même du genre en s'inspirant de romans dans la même veine tout en nous livrant une bande loufoque assumée avec une direction d'acteurs parfaite. Une véritable surprise et un bijou pour cinéphiles.
Enfin Broken Flowers, dernier opus en date de Jim Jarmusch, réalisateur de génie, qui nous emmène avec son héros dans une histoire très bien menée le tout sur un rythme de Jazz éthiopien. Le défaut majeur du film est le rôle de Bill Murray, trop fréquent depuis Lost in Translation.

Mais ce ne sont pas là tous les bons voir excellents films de 2005, et de nombreuse perles ont étonné. Il y a eu tout d'abord Alexandre, d'Oliver Stone, opus incompris mais excellent qui mérite plus que le coup d'œil. On peut également citer Million Dollar Baby, qui a fait l'unanimité, opus intimiste du grand Clint Eastwood. Pour le film musical de l'année (pauvre en films du genre), je citerai plus Ray que Mme Henderson présente (les deux seuls en fait) car malgré ses défauts il reste une œuvre sincère qui respecte la mémoire du génie. Aviator fut également une excellente surprise de la part de Scorsese (depuis son Gangs of New York, on était méfiant), bien menée et qui transpose à l'écran une belle période du cinéma. Land of the Dead demeure une excellente surprise de la part de George Romero, créateur du genre qui donne une bonne leçon à tous ceux qui ont essayé de le plagier, nous prouvant une fois de plus qu'il manque certes de budget mais pas d'idées. Capitaine Sky et le monde de demain reste malgré ses défauts un bien beau film qui attirera la curiosité des inconditionnels de films d'aventure à l'ancienne. Sur le plan horrifique, l'année a été bien pauvre si l'on exclut le film de Romero et certaines autres productions (je n'ai pas vu the Descent, grand mal m'en prend). Je pourrai citer encore de nombreux bon films mais je vais tenter d'éviter au maximum que la lecture de mon article soit rébarbative. Je m'arrête donc là et ne vais pas vous livrer de texte sur les mauvais films (j'en ai vu beaucoup également cette année), et vous prie de m'excuser sur tous ceux que j'aurais oublié (le mieux reste encore que vous vous exprimiez).

2005 a donc été une année très riche cinématographiquement, et tous les genres de cinéma ont été bien servis. Mes attentes les plus folles ont été comblées dans de nombreux films (voir mon classement), je ne pouvais donc rien souhaiter de mieux. En espérant une année 2006 aussi riche, je vous souhaite à tous, une très bonne année et une très bonne séance.

# Posté le mercredi 04 janvier 2006 08:45

Modifié le jeudi 07 juin 2007 00:56

KING KONG

KING KONG
La période des fêtes de fin d'année est propice aux sorties des gros films, phénomène qui s'explique uniquement par des raisons commerciales, les studios et les producteurs sachant qu'ils pourront rentabiliser et même faire du bénéfice avec les œuvres dans lesquels ils ont investi. Le film le plus attendu en cette fin d'année est bien King Kong, sorti le 14 Décembre. Attendu par un public très vaste, l'œuvre réalisée par Peter Jackson, à qui l'on doit la quasi parfaite trilogie du Seigneur des anneaux se devait de satisfaire les foules. Mais on le sait tous, ce qui fait la force d'un film n'est pas les bénéfices qu'il engendre (bien que le cinéma soit une industrie) mais bien le film lui-même. Et en réalisant son rêve d'enfant, Peter Jackson nous livre un véritable chef d'œuvre et un film d'aventure ultime, qui dépasse même de (très) loin son modèle, en puisant dans ce qui s'est fait de mieux dans le genre depuis sa création en 1933, date de sortie de l'original. Le film est d'une telle envergure qu'il est difficile de croire ce que l'on voit. Certes, le film est aux yeux de beaucoup de cinéphiles tout sauf parafait, mais peut-être que ces derniers ne regardaient pas les Indiana Jones et autres Jurassic Park plusieurs fois par jour comme c'était le cas quand j'étais enfant. Mais là je m'égare, je reprends donc mon souffle pour vous livrer ma critique sur moment de cinéma anthologique.

New York, 1933. Ann Darrow est une artiste de music-hall dont la carrière a été brisée net par la Dépression. Se retrouvant sans emploi ni ressources, la jeune femme rencontre l'audacieux explorateur-réalisateur Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures...
Ce dernier a dérobé à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Il n'a que quelques heures pour trouver une nouvelle star et l'embarquer pour Singapour avec son scénariste, Jack Driscoll, et une équipe réduite. Objectif avoué : achever sous ces cieux lointains son génial film d'action.
Mais Denham nourrit en secret une autre ambition, bien plus folle : être le premier homme à explorer la mystérieuse Skull Island et à en ramener des images. Sur cette île de légende, Denham sait que "quelque chose" l'attend, qui changera à jamais le cours de sa vie...



Je vais d'abord parler de Peter Jackson, en essayant d'éviter les écueils de la biographie exhaustive. A neuf ans, l'homme (qui était à l'époque enfant) découvre King Kong version 1933, réalisé par Ernest B. Shoedsack et Merian C. Cooper, qui, comme on le sait, est un des plus grands mythes du septième art. Ce classique éveille en lui une vocation : devenir réalisateur. C'est donc avec un sens de la débrouillardise extrême que Jackson fait ses premiers pas dans le cinéma, en livrant à un public très ciblé les meilleures comédies gores à ce jour. Mais ses efforts s'avèrent payants, et deux petits films plus tard, le petit Peter alors devenu grand se voit convié un des projets les plus importants de l'histoire du cinéma, à savoir l'adaptation au cinéma de l'œuvre classique de J.R.R Tolkien : Le Seigneur des anneaux. Grâce à son travail et aux fabuleux effets spéciaux de son studio, WETA, le film rallie vite à sa cause les inconditionnels et les détracteurs, tout en la faisant découvrir aux autres, et rejoint vite le panthéon des grandes Sagas. Je ne vais pas m'étendre sur cette trilogie, qui frôle la perfection d'assez près pour faire peur. C'est donc après avoir réalisé un coup de maître que Jackson peut enfin réaliser son rêve d'enfant, à savoir tourner son King Kong.

Cela faisait des mois que nous l'attendions et pour une fois, le film est au-delà de toute espérance. Tout commence dans les années trente. Et là, premier choc : Le New York de cette époque a été reconstitué parfaitement avec une maîtrise qui laisse bouche bée. L'introduction du film dure une heure, qui, contrairement à ce qu'ont pu dire certain, est largement justifiée. Tout d'abord, le contexte de l'histoire est mis en place et le fait que la reconstitution de cette période soit un sans faute renforce énormément l'immersion du spectateur dans ce qui est le plus grand film d'aventure jamais vu. Le laps de temps entre le générique de début (qui s'inspire de celui de l'original avec un bon goût prononcé) et l'arrivé sur l'île dure donc les deux tiers du film de 1933, mais cette exposition est largement justifiée tant elle permet de développer la personnalité des protagonistes. Bien sûr, le spectacle est au rendez-vous, mais cela en devient banal tant le film est un spectacle à chaque image. C'est avec cette introduction que l'on se rend déjà compte que le montage est parfaitement cohérent et ne laisse pas l'ennui s'installer.

Puis le Venture arrive à Skull Island, début de la grande aventure. Après une approche mouvementée, une première barque va dans l'île et découvre le village des indigènes. Et là, on a un choc. Peter Jackson réinvente entièrement le mythe des indigènes dans King Kong : fini la grande porte avec la muraille, exit les indigènes qui ont peur des humains. Le village est tout simplement magnifique, ses habitants, eux, ressemblent à des cannibales et sont violents. On ressent donc l'effroi en les voyant. Les aventuriers sont attaqués mais sont sauvés in-extremis par le capitaine et ses hommes. On retourne sur le bateau, et Ann se fait capturer. Jackson suit donc le schéma narratif original de King Kong mais transcende chaque élément pour le sublimer. La surprise est donc constante lors du premier visionnage. Les personnages retournent donc sur l'île pour retrouver Ann. Leur arrivée dans le village sous un ciel rouge est magnifique, bref on a rarement vu de si beaux décors.

La partie du film dans la jungle est tout simplement, à l'image du reste du film, un pur moment de cinéma. On alterne entre le point de vue de Kong et celui des hommes, qui vivent chacun de leur côté des aventures différentes. Les effets spéciaux sont tout simplement parfaits, et les décors somptueux favorisent une immersion immédiate dans cet univers violent. On assiste donc au plus grand moment d'aventure jamais vu. Les monstres sont parfaits, Kong aussi, les situations très bien trouvées. La seul réserve que l'on peut émettre sur cette partie (et la seule sur le film) est un plan relativement gore où un des protagonistes se fait dévorer par des sangsues, dispensable. Sinon, c'est du sans fautes.

Après une très belle capture, on retourne à New York. On sait ce qui va se passer approximativement, mais Jackson surprend encore, en insérant toujours autant d'émotion et de spectacle dans ce moment de cinéma qui frôle la perfection. L'attaque sur l'empire state building, que Jackson a eu la bonne idée de ne pas aborder comme LA scène du film, est d'une virtuosité de mise en scène désarmante. Ici le réalisateur reprend en gros la chorégraphie de son homologue dans l'original mais transcende chaque aspect de ce passage à la fois dramatique est impressionnant. Car King Kong c'est cela, le mélange entre émotions et spectacle. Et le fait que les émotions soient si poussées et le spectacle si grandiose font donc de King Kong un chef d'œuvre.

Les acteurs sont parfaits. Pour faire court, je dirai que Jack Black campe un Carl Denham hallucinant, inspiré d'Orson Welles, Naomi Watts est elle aussi parfaite, et surpasse de loin Fay Way tant son charisme et son interprétation sont à couper le souffle et enfin Adrien Brody excelle en aventurier fragile, et devient un héros légendaire. Kong est lui aussi parfait, à la fois cruel et doux, fort et faible, et profite de sa crédibilité effarante pour encore mieux toucher le spectateur et renforcer le spectacle ultime.

Mais ce King Kong dépasse-t-il l'original ? Oui, et de loin. Je ne parle pas là uniquement des effets spéciaux, parfaits, mais de la richesse du film. Tout d'abord, les personnages ont une vraie personnalité, contrairement à ceux du film de 33 (époque oblige), ils sont très travaillés ce qui ajoute considérablement de la profondeur au mythe. Ensuite, le film arrive à poser un contexte difficile (la crise) tout en ne perdant pas le sens du rythme. A ce titre là, l'aventure est parfaite, le bestiaire est beaucoup plus riche, bref, King Kong de 2005 est LE King Kong.

J'arrive à la fin de ma critique, et je me rend compte à quel point je ne rend pas hommage au film de Jackson. Poursuivre dans la voie que j'ai emprunté dans le lignes précédentes rendrait mes efforts encore plus vains, aussi vais-je tenter de conclure du mieux possible en ne sachant que vous conseiller d'aller coir ce chef d'œuvre plusieurs fois. King Kong est un film d'aventure ultime, LE film de monstres. La critique dithyrambique ne suffit pas pour faire honneur à ce chef d'œuvre qu'est King Kong. J'ai grandi avec les films d'aventure, ce King Kong est donc la concrétisation de mon rêve d'enfant, une bénédiction. Jackson confirme son statut de maître avec cette œuvre quasi parfaite qui est l'un (LE ?) des meilleurs films d'aventure de tous les temps, en plus de surpasser son modèle qui est l'un des plus grands mythes du septième art. Je ne saurai jamais assez rendre hommage à King Kong mais sachez que c'est dès sa sortie une œuvre majeure. Un pur moment de cinéma, à la fois divertissant et émouvant, spectaculaire et intimiste, tragique et épique, bref, un grand chef d'oeuvre où tout est parfait.

Ma note : 10/10 KING KONG

# Posté le jeudi 29 décembre 2005 04:53

OTAGE

OTAGE
Le Film d'action n'est plus ce qu'il était . Les conventions de ce genre sont désormais changées avec l'avènement du numérique et la génération MTV . Telles sont le genre de paroles des inconditionnels des films d'action « vieille école » . Pourtant , chaque année , malgré un taux élevé de mauvaises productions du genre , on distingue des perles du genre , des films qui savent garder l'esprit d'antan tout en se renouvelant . Et ce ne sont pas les exemples qui manquent , les excellents ou du moins bon films d'action n'étant pas rares de nos jours . Un genre durable qui s'est affirmé depuis les années 60 et qui continue aujourd'hui de prospérer . Otage en est un bon exemple qui vient appuyer , avec beaucoup d'autres métrages , la thèse précédemment énoncée .

Parce qu'il a été incapable d'empêcher le meurtre d'une jeune femme et de son enfant, Jeff Talley, ex-policier de Los Angeles spécialiste des négociations en cas d'enlèvement, a tout quitté pour devenir chef du bureau de police d'une ville reculée. Il ne pouvait pas prévoir que trois petits malfrats allaient prendre en otage la famille d'un expert comptable bien moins banal qu'il n'y paraît...
Conscients des enjeux, les mystérieux commanditaires de ce comptable de plus en plus louche kidnappent la femme et la fille de Talley pour le contraindre à réendosser le rôle qu'il ne voulait surtout plus jamais jouer. Face au cauchemar qui recommence, il n'a pas le droit à l'erreur.


L'auteur d'Otage est Florent Siri , réalisateur français à qui l'on doit le plutôt mauvais NID DE GUEPES , remake inavoué d'ASSAUT , de Carpenter , qui pêchait par son manque d'ambition et son côté « délinquance » trop appuyé . Mais le film à permis à son auteur de faire du chemin , et ce dernier se trouve désormais à Hollywood pour une grosse production avec un casting 100% américain et avec pour tête d'affiche Bruce Willis . On est donc grandement rassuré lorsque l'on voit Otage , et on se plait à penser que le français va nous livrer un film d'action comme on les aime . Pari réussi .

Passé un générique très esthétique et de bon goût , l'action démarre rapidement durant une introduction d'ampleur dramatique . Le héros , Bruce Willis , spécialiste des prises d'otages , participe au sauvetage d'une femme et de son fils menacés par un homme , respectivement mari et père des deux autres protagonistes précédemment cités . Malheureusement , l'homme va tuer sa famille avant de se suicider . Les images sont dures , Bruce Willis est parfait , comme à son habitude , et le ton est donné : le film va jouer la carte du 1er degré , et malgré les apparences , son héros n'est pas infaillible . Le film suit à la lettre le schéma narratif des films du genre , et passé cette introduction la situation se met rapidement en place . Les rebondissements arrivent régulièrement pour donner du rythme à un film qui est loin d'en manquer , et les suspens est présent sur presque toute la durée du métrage . Le spectateur est donc rapidement conquis par l'œuvre , ce qui est une qualité essentielle dans ce genre de films .

Esthétiquement parlant , le film est très beau . Les moyens ont été mis à tous les plans , et cela se ressent à l'écran . L'éclairage sublime chaque mouvement de caméra , le tout est de très bonne facture . La direction artistique opérée par le réalisateur va très bien avec le ton du film , et la beauté générale de l'ensemble participe grandement à sa qualité .
Alors que l'on aurait pu craindre une musique qui « casse les oreilles » , la production évite cet écueil de plus en plus présent dans ce genre de productions pour nous livrer une partition symphonique de très bon goût , alternée avec une musique d'action très bien calculée .
L'interprétation est très bonne , et Bruce Willis crève l'écran , comme à son habitude . Encore une fois on ressent que le héros n'est pas infaillible , mais il est quand même très fort . Cet aspect qui peut faire « cliché » est ici tout à fait justifié , on est bien dans un film d'action .

Beaucoup d'éléments contribuent donc à la qualité de l'ensemble . Le film nous tient en haleine sur toute sa durée , servi par une interprétation sans faille et une beauté plastique très poussée . Le réalisateur nous étonne par sa dextérité , que ce soit pour filmer les scènes d'actions ou les scènes plus calmes . La violence est très présente à l'écran . Certes , l'auteur ne succombe pas aux surenchères de gore , mais nous montre une réelle violence , qu'il arrive à filmer de façon très juste ( un peu comme Cronemberg , dans A HISTORY OF VIOLENCE ) . On retrouve certains éléments de mise en scène propres à John Carpenter , que Florent Siri admire , mais une touche très personnelle a été apportée à l'œuvre , et au lieu de se retrouver devant un film qui s'inspire d'ASSAUT dans chaque plan , on découvre un métrage très personnel et très riche . Toutes les ficelles du Film d'action sont merveilleusement bien exploitées pour nous livrer un spectacle intéressant et divertissant .

Pour conclure , on peut donc à la vue de tous ces éléments dire qu'Otage fait partie des films d'actions récents qui impressionnent , et ce sans avoir recours a des centaines d'artifices numériques , respectant à la lettres les conventions de ce Cinéma , et qui nous font dire que le Cinéma d'action n'est pas mort . Florent Siri va désormais faire son chemin à Hollywood , qui sera placé certainement sous le signe de la qualité , surtout lorsque l'on voit cet excellent film du genre .

Ma note : 8/10 Excellent film d'action .

# Posté le samedi 10 décembre 2005 09:32