Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir s'introduit dans le Village Olympique, force l'entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. 21 heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme.
Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d'otages, le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée "Colère de Dieu". Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l'attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l'ombre...
Muniche calque son postulat de départ sur des faits historiques. Le 5 septembre 1972, une unité terroriste palestinienne issue du Fatah nommée septembre noir prend en otage des athlètes israéliens lors des jeux olympiques de Munich et les tue. Cette barbarie déclenchera une violente réaction de la part des israéliens qui, sous les ordres du Premier ministre Golda Meir, déclencheront l'opération « Colère de Dieu ». Cinq agents du Mossad devront assassiner onze palestiniens impliqués dans Munich. Le point de départ du métrage est la tristement célèbre prise d'otages, reconstituée d'une main de maître par Spielberg qui adopte une réalisation esthétique et efficace. On vit donc cet événement parallèlement entre le lieu de l'horreur et les différents peuples qui sont à l'extérieur et qui suivent ce qui se passe avec la télévision ( très présente dans le film ). Ce parallélisme sera rompu lors d'une mise en abyme astucieuse de la part du réalisateur : La célèbre image de l'homme encagoulé qui sort sur le balcon sera montrée lors d'un plan d'intérieur de l'endroit où sont retenus les israéliens, on y distingue au premier plan une télévision diffusant l'image et juste après l'homme montré, qui sort sur le balcon. Ce plan qui peut paraître anodin est donc lourd de sens, en plus d'être ingénieux.
La durée du métrage est donc obligatoire pour suivre le schéma narratif qu'a mis en place ce grand cinéaste qu'est Steven Spielberg. Le personnage central du récit est celui d'Avner, joué par un Eric Bana parfait. Après nous avoir relaté les faits, le réalisateur nous fait donc suivre le parcours de cet homme et de ces quatre compagnons qui vont accomplir une vengeance froide au nom de leur peuple. La vengeance est l'un des thèmes principaux de Munich qui en comporte beaucoup. Vengeance est avant tout le titre du livre dont Spielberg s'est inspiré pour son film, mais aussi le titre qu'il avait initialement choisi pour le métrage. Elément principal du postulat, ce thème sera également présent tout au long de l'histoire dans diverses situations. Mais classer Munich dans le registre des œuvres universelles sur la vengeance serait trop réducteur. C'est là que l'on se rend compte que Munich est un film extrêmement difficile à critiquer, que se soit pour l'analyse de tous les éléments du récit ou encore de la mise en scène, qui frôle la perfection.
S'attarder sur la trame narrative de l'œuvre est donc inutile, tant la richesse thématique et intrinsèque est renforcée par des qualités plastiques et artistiques sans failles. Munich est un chef d'œuvre, et le voir est la meilleure façon pour s'en convaincre. Tout au long des 2h40 de pellicule on ressent ce souffle propre au grand cinéma, chaque personnage est d'une richesse incommensurable, chaque aspect de la mise en scène est calculé pour aboutir à un résultat final impressionnant, mêlé à une reconstitution historique parfaite et calculée ( même si l'on échappe pas à certains clichés comme une représentation parfois naïve de Paris). L'écriture du scénario elle aussi est sans défauts.
La distribution elle aussi réalise un sans faute avec des acteurs impressionnants, à commencer par Eric Bana dans le rôle titre, tout simplement parfait. Viennent s'ajouter entre autres Mathieu Kassovitz, vraiment bon acteur ( et mauvais réalisateur ), Daniel Craig ( le nouveau James Bond ), qui présente un grand potentiel et même Michael Lonsdale, étonnant. Enumérer tout le casting serait dresser une longue liste d'acteurs géniaux parfaits dans leur rôle, que ce soit pour les cinq protagonistes principaux ou tous les seconds rôle.
La musique de John Williams est fidèle à son auteur, c'est à dire encore une fois parfaite ( une des ses meilleurs compositions d'ailleurs ), et l'homme confirme encore une fois son statut de génie de score. A sa partition viennent s'ajouter quelques chansons populaires en accord avec les situations où on les entend, comme « des millions d'amoureux », d'Edith Piaf ou « Let Stay Together » de Marvin Guay ( également présente dans Pulp Fiction, de Quentin Tarantino ).
Encore une fois, Spielberg nous montre sa grande maîtrise technique, que ce soit au niveau visuel ( effets spéciaux, photo de Kaminski ) ou sur le plan des effets spéciaux ( très présents dans le film ), sans passer par le biais de l'entertainment, bien que Munich soit également très prenant et divertissant.
Il est important de noter que Spielberg abandonne certaines conventions inhérentes à sa filmographie : pas de vraie happy end ( Le héros reste seul avec ses doutes et interrogations, son supérieur refuse de briser le pain avec lui et le banni d'Israël en quelque sorte ), la violence est traitée et ce avec réalisme et froideur. Certains de ses thèmes sont quand même présents, comme la famille, analysée dans la plupart des films du cinéaste. La volonté d'élargir l'histoire au delà de son époque est donc un facteur temporel qui dépasse l'aire du temps si bien captée par Spielberg, qui dénonce également la perte de l'innocence ( le héros est un père de famille ) en ramenant son histoire à une lutte intemporelle entre les peuples. Fait assez rare pour être souligné : Spielberg rend hommage à des films, comme Apocalypse Now ( Au delà des références, Munich est également une quête initiatique. ). Je ne vais pas tenter ici non plus de basculer dans l'analyse, car Munich est si riche que pour l'analyser de façon exhaustive un ouvrage serait plus approprié qu'une critique qui en citant quelques aspects du chef d'œuvre passerait à côté de nombreux aspects. La richesse de Munich est telle que de nombreux visionnages s'imposent pour avoir une vision à peu près globale du film. Je sens moi même en ce moment qu'à travers cette critique je ne rend pas hommage à ce chef d'œuvre, et bien que des dizaines d'éléments du film me viennent à l'esprit je vais résister à l'envie de les énumérer. Dire que Munich est un film qu'on ne peut définir comme appartenant à un genre, qui a une richesse thématique et symbolique gigantesque et qui toutes les qualités possibles et imaginables est donc très réducteur pour le métrage.
Disserter sur Munich pourrait être encore long. A la fois violent, émouvant, intelligent, dénonciateur, beau, tragique, sombre, riche, le film de Spielberg mériterait bien des qualificatifs. Définir Munich serait également une dure épreuve, car le film est beaucoup de choses à la fois et tellement plus. Il serait bien long d'analyser chaque aspect de Munich, qui aborde une richesse thématique rarement atteinte, servie par un traitement cinématographique hors du commun. Une œuvre d'une richesse rarement atteinte qui fut pour moi lors de la projection un vrai choc cinématographique et qui continue sans cesse de me hanter en me faisant réfléchir. Munich fait partie de ces chefs d'œuvre qui acquièrent dès leur sortie le statut d'œuvre majeure, vraiment justifié dans ce cas là. Une chose est sûre : il y aura un avant et un après Munich, qui s'impose comme une date importante pour tout cinéphile, au même titre que le 5 septembre 1972 fut une page sombre de l'histoire. Un objet filmique d'une richesse indescriptible qu'il faut à tout prix voir tellement l'œuvre est riche. C'est cela, du grand cinéma.
Ma note : 10/10 PLus qu'un chef d'oeuvre et une leçon de cinéma : une leçon de vie.




