PHANTOM OF THE PARADISE

PHANTOM OF THE PARADISE
Phantom of the Paradise est un film qui fit date dans l'histoire du cinéma. Rapidement devenu culte, ce brillant mélange des genres signé Brian De Palma continue encore aujourd'hui de faire parler de lui, ce qui prouve bien qu'il se révèle aussi intemporel que les mythes dont il est la relecture. Mais restreindre Phantom of the Paradise à ce simple statut serait vraiment réducteur, explications dans cette critique.

Winslow Leach, jeune compositeur inconnu, tente désespérément de faire connaître l'opéra qu'il a composé. Swan, producteur et patron de label Death Records, est à la recherche de nouveaux talents pour l'inauguration du Paradise., le palais Rock qu'il veut lancer. Il vole la partition de Leach et le fait enfermer pour trafic de drogue. Brisé, défiguré, ayant perdu la voix, le malheureux compositeur parvient à s'évader. Il revient hanter le Paradise...

Brian de Palma est ( ou du moins était ) un grand d'Hollywood au même titre qu'un Martin Scorsese ou un Steven Spielberg. Enfin à ceci près que sa longue filmographie comporte quelques chefs d'½uvre ( comme Scarface ) mais aussi à l'avis général beaucoup de films très moyens ou passablement datés. Petit retour en arrière : Brian de Palma a pour projet de monter un film proche d'une relecture du mythe de Faust, du fantôme de l'opéra ( Gaston Leroux ) mâtinée d'un soupçon de portrait de Dorien Gray ( Oscar Wilde ) sur fond de comédie musicale rock ( l'essence artistique du film ) qui comporte une dimension critique et qui brasse également plusieurs genres ( horreur, fantastique, comédie ... ). Une chose est sûre : Phantom of the Paradise ne se raconte pas. Mais trouver un financement est dur pour le jeune réalisateur ( il est encore loin des millions de dollars pour Mission : Impossible ) dont le projet paraît difficile et risqué. C'est sans compter les problèmes d'acquisition de droits avec Universal ( qui détient la licence du fantôme de l'opéra ), qui comme tous les autres studios a peur de perdre de l'argent mais aussi de l'imagerie du rock, synonyme de liberté. Ce sera finalement la 20th century Fox qui produira le film ( et qui plus tard produira The Rocky Horror Picture Show ). De Palma finira quand même par réunir le ( petit ) budget nécessaire à la réalisation de son film, ce qui passe par quelques concessions : pas de grands groupes en tête d'affiche ( les Rolling Stones n'ont jamais décroché le téléphone ) et une musique signée Paul Williams ( qui interprète Swan dans le film, nous y reviendrons ) mais qui au final s'avère grandiose. En revanche cela permet à De Palma de jouir d'un contrôle créatif total sur son ½uvre à laquelle il insuffle une telle magie visuelle ( due à sa grande maîtrise technique ) et une telle singularité que le budget ne se fait jamais sentir au visionnage de Phantom of the Paradise.

Les mythes que brasse Phantom of the Paradise sont majeurs dans le domaine artistique : Wagner a déjà livré son opéra sur Faust et le fantôme de l'opéra a déjà été adapté au cinéma plusieurs fois ( et le sera encore après malgré de biens tristes résultats ). Et pourtant ils se retrouvent même décuplés par la vision rock de De Palma.Le film s'articule autour d'un trio de personnages principaux : Winslow Leach, le compositeur de Faust qui verra son ½uvre volée par Swan avant de devenir un monstre défiguré qui hantera le Paradise, palais rock de Swan, plus grand compositeur musical de tous les temps qui a fait un pacte avec le diable. Enfin, Phoenix est une jeune femme qui chante l'opéra de Leach comme personne ( ce dernier ne laissera d'ailleurs qu'elle le chanter ) et qui va être amenée elle aussi à passer un contrat avec Swan. A ce trio principal viennent s'ajouter nombre de secondes rôles, comme Beef, rockeur efféminé et hilarant. La maîtrise narrative de De Palma est ici alliée à un contexte de comédie musicale. Toutefois, aucune partie n'est lésée par le traitement apporté par l'auteur. Après une introduction narrative le film démarre donc par un numéro musical des Juicy Fruits, le groupe qui contribua au succès du label Death Reccords, la maison de production de Swan. Il s'agit ici d'une véritable satire de groupes comme les Beach Boys car, ne nous trompons pas, parmi tous les genres abordés par Phantom of the Paradise, la critique est bien présente. De Palma critique ici, par extension à l'industrie du disque, l'industrie du cinéma où le créateur voit son ½uvre dénaturée aux profits des bénéfices commerciaux. Une vision bien sombre d'Hollywood livrée par un auteur qui a déjà souffert de ce système.

Il s'agit d'ailleurs d'un élément qui donne toute sa force au film : Phantom of the Paradise ne peut se définir comme appartenant à un genre précis. Ici tous les registres ou presque sont abordés : La comédie musicale, la satire, la comédie, la tragédie ( voir la scène de fin ), le film d'horreur ou encore les genres burlesque et muet ( à ce titre là l'enchaînement très rythmé de scènes narrant à partir l'enferment de Leach jusqu'à sa « transformation » est très évocateur ). Les mythes dont s'inspirent De Palma sont parfaitement respectés et contribuent grandement à la dimension intemporelle de l'½uvre ( dont le côté parfois rétro lui donne également beaucoup de force ).

De Palma fort d'une écriture parfaite qui fait le fond du film, soigne aussi grandement la forme. Cela passe par une maîtrise visuelle impressionnante et d'une cohérence hors du commun ( alliée à la maîtrise technique : Split-Screens propres à son auteur ), parfois même proche de l'expressionnisme, mais aussi musicale : on est ici en présence d'un moment d'anthologie dans le domaine du rock. Les musiques de Williams sont magnifiques : du vrai rock, qui raconte une histoire ( il n'y a pas que l'opéra rock « Faust », voir la chanson « Goodbye, Eddie, Goodbye » des Juicy Fruts ). Une musique grandiose qui contribue à la qualité du film ( on ne demande alors même plus ce qu'aurait donné le même film avec d'autres musiques. ). De Palma transformes ses personnages en symboles et fait de Paul Williams un Swan plus que charismatique. Le fantôme, avec son nouveau look est lui aussi impressionnant ( on se demande si Lucas ne s'en est pas inspiré pour son Dark Vador ), et l'interprétation de William Finley magistrale. Phoenix( la belle Jessica Harper) devient une représentation de la beauté. A aucun moment la direction artistique du film ne sombre dans le kitsch de mauvais goût et l'aspect délicieusement rétro mélangé à un avant-gardisme presque visionnaire donnent au film un caché esthétique épatant. De Palma insuffle par dessus une folie visuelle très maîtrisée ( on est loin du style de Luhrman qui a côté passe pour du clip épileptique ), comme lors de la représentation de Faust ( avec une mise en scène qui est un vibrant hommage à Frankenstein ) et le résultat final aboutit à un visuel et un univers musical superbes et originaux.

Phantom of the Paradise est bien un chef d'½uvre en son genre qui mérite amplement le statut de film culte. Un film plus que novateur qui ne tombe jamais dans l'exercice de style en abordant tant de registre ( voir la parodie hilarante de Psychose où le fantôme fait taire Beef ,que est en train de se doucher, avec une ventouse à canalisations ), que l'on peut classer vraiment dans une catégorie spécifique. De Palme réalise avec Phantom of the Paradise l'un de ses meilleurs films ( le meilleur ? ) en brassant certains des mythes les plus populaires avec un traitement unique. Le film se révèle au final être d'une cohérence à toute épreuve et devient une référence dans presque tous les genres qu'il aborde. Avec le temps le succès d'estime a été rencontré par ce film unique qui mérite amplement sa réputation. Un film que l'on doit voir en tout cas pour forger sa propre opinion tant une critique ne peut décemment lui rendre hommage. Divertissant, intelligent, émouvant, vibrant : Phantom of the Paradise est bel et bien un chef d'½uvre unique. Les qualificatifs me manquent pour parler de ce classique.

Ma note : 9/10 voir 10/10 A voir.

# Posté le lundi 08 mai 2006 12:59

Modifié le mercredi 10 mai 2006 07:06

LES CHIENS DE PAILLE

LES CHIENS DE PAILLE
Le genre Survival, branche particulière du cinéma horrifique/fantastique, est de nouveau à l'honneur aujourd'hui avec les récents remakes de classiques et autres avatars nouveaux. L'occasion pour les cinéphiles de reparler des anciens classiques du genre. Et quand on prononce le nom de Survival, parmi certains noms qui nous viennent à l'esprit il y a Les chiens de paille, créateur et pionnier du genre avec Délivrance, de John Boorman. Cet opus de Sam Peckinpah réputé pour sa violence insoutenable qui fut interdit jusqu'à maintenant en Grande Bretagne continue de faire parler de lui à juste titre tant on distingue un aspect intemporel dans sa mise en scène et son message. Chronique d'un film sauvage mais très maîtrisé.

David, jeune mathématicien, fuit l'Amérique et son atmosphère orageuse. Il émigre en Cornouailles ou il est confronte des son arrive a l'agressivité des autochtones. Atteint dans ses convictions, il aura lui aussi recours a une violence qu'il combat.

Sam Peckinpah, réalisateur apparu à peu près dans la même vague que beaucoup de grands d'aujourd'hui comme Scorsese et Spielberg ( c'est à dire vers les années 1960-70 ) est une figure éminente de l'anticonformisme propre à son époque et de la représentation de la violence au cinéma. Très tourné vers le Western, comme en témoigne sa filmographie ( dont La horde sauvage est la pièce maîtresse la plus représentative ), il est arrivé à l'homme d'aborder les thèmes qui lui sont chers à travers d'autres genres. Petit retour en arrière : Peckinpah se voit refuser la réalisation de Délivrance qui incombe à John Boorman. L'homme décide alors de faire son propre film de Survival qui lui paraît adéquat pour aborder le thème de la violence qui lui tient tant à c½ur. Le film sort en 1971, la même année qu'Orange Mécanique et subit un accueil difficile. Le film est qualifié d'ultra violent et est même interdit en Grande Bretagne ( Ce qui n'est pas non plus une référence lorsque l'on voit le système de censure de ce pays ). Les chiens de paille a donc une lourde histoire derrière lui, et le fait qu'il soit réhabilité aujourd'hui ( autorisé en Grande Bretagne, le film a même rejoint le catalogue de la collection de DVD Criterion, une des plus prestigieuses ) nous amène donc naturellement à nous interroger sur ces qualités artistiques.

Sur le pur plan du schéma narratif, Les chiens de paille est la définition même du genre Survival. Ainsi le thème des victimes accablées qui par la force des choses se retrouvent bourreaux est bien présent, mais ce qui distingue l'opus de Peckinpah des autres références du genre ( comme Massacre à la Tronçonneuse, de Tobe Hooper ) est le fait que l'aspect sexuel de l'histoire soit ici pleinement assumé ce qui est une règle inhérente au genre. Ainsi les données du récit contiennent une dimension sexuelle qui est obligatoire à sa réussite. Alors que dans Massacre à la Tronçonneuse cet aspect n'était que vaguement évoqué ( et pourtant, l'idée de la mère qui renvoi au complexe d'¼dipe ou encore un scène coupée montrant Leatherface se mettre du rouge à lèvres ) ou que dans Délivrance le viol soit montré comme une simple démonstration de violence bestiale, ici l'aspect sexuel est au même titre que tous les autres aspects qui amènent à l'inévitable, bien présent. C'est la frustration sexuelle d'Amy et son attitude provocante, mêlées à la lâcheté et au manque de virilité de David que celle-ci sera violée. C'est à cause des pulsions sexuelles que la jeune fille sera tuée ce qui amènera à l'acte final. Mais réduire Les chiens de paille à un Survival purement sexuel serait réducteur tant le film aborde tous les aspects de la violence.

Ici la violence est d'autant plus insidieuse qu'elle est présente à tous les niveaux. Tout d'abord le village, très rural où les habitants se font justice eux même ( il n'y a qu'à voir comment finira le seul représentant de la loi ). On retrouve ici les inspirations très Western de Peckinpah qui en plus ici dénonce ce genre de sociétés arriérées ( comme le faisait Hooper en donnant un visage peu reluisant au Texas dans son Massacre à la Tronçonneuse. ). Mais l'idée de perversion va bien au delà de ce contexte et ce dès le premier plan post-générique où l'on voit un grand nombre d'enfants jouer dans un cimetière et de le dégrader. Les enfants, thème récurant de la filmographie de Peckinpah, représentent l'avenir et sont comme ils ont été éduqués. En plus de dénoncer la violence l'auteur nous gratifie d'une habile critique sociale, déjà présente dans ses autres opus. La violence peut être symbolique. La violence physique elle aussi est bien palpable et ce dès la scène dans le bar où l'on assiste à une bagarre. La violence sexuelle contribue elle aussi à amener à l'inévitable : Le viol d'Amy, scène clé du film en est la représentation même. Cette scène longue est l'une des plus éprouvantes séquences de viol jamais faites ( ce qui participa à l'interdiction du film ). Un moment de violence insoutenable et cru, renforcé par la mise en scène inventive de Peckinpah qui pousse même jusqu'à introduire des plans de vue subjective de la femme violée. Cette scène empêcha même un certain Gaspar Noé de voir le film jusqu'au bout si l'on en croit ses aveux. Mais avant ce point culminant des premiers signes de violence sexuelle ont été rencontrés : l'attitude d'Amy ( qui ne porte pas de soutiens gorge et qui se montre les seins à l'air devant les ouvriers ), la façon dont elle se comporte avec son mari. David ( magnifiquement interprété par Dustin Hoffman, mais nous y reviendrons ) lui est pacifiste et renonce à toute forme de violence. Mathématicien venu en ces lieux reculés pour fuir la violence des grandes villes, il est montré comme un personnage lâche. Sa lâcheté sera d'ailleurs une sorte de violence qui amènera la tragédie dans le récit. Ce dernier essaye par tous les moyens d'éviter la violence ( il essaye par exemple d'acheter ses futurs bourreaux en leur offrant un verre, il ne vas pas s'expliquer avec ces derniers à propos du chat, au passage clin d'½il évident à une célèbre nouvelle d'Edgar Allan Poe ) et c'est lui qui finalement se montrera le plus violent et se laissant pleinement aller à la barbarie lors d'un final anthologique.

Après avoir été humilié, le couple se retrouve enfermé dans sa maison ( lieu maintes fois violé ) à résister à l'assaut du clan Hedden qui vient chercher l'assassin d'une de leur filles. On sent tout de suite l'inspiration de Rio Bravo qui inspira également des classiques comme La nuit des morts vivants de George A. Romero ou Assaut de John Carpenter ( les personnes qui n'ont pas vu Rio Bravo peuvent d'ailleurs croire que c'est Les chiens de Paille qui inspiré ces films ). Jusqu'à son point de limite David tentera de résister à la violence mais à la fin ce ne sera plus possible. L'homme qui était alors sympathique et réservé craque. David, au lieu de régler ses problèmes dès le début a préférer rester lâche, et ce n'est qu'une fois que quand il ne peut plus faire autrement que tout va exploser en lui, libérant une vague de violence inouïe. Le mathématicien passionné laisse place au tueur froid qui se sert de ses aptitudes calculatrices à des fins meurtrières. On assiste donc à un final où David, accablé, aculé dans son foyer violé désormais presque en ruines, tue froidement ses agresseurs dans un passage d'une violence inouïe ( on sent clairement ici la marque de l'auteur ). Peckinpah, qui a ici le bon goût de ne pas succomber au gore facile ( comme Kubrick qui lui aussi aura cette bonne idée dans son mémorable Shining ), signe ici un monument de violence barbare et graphique tout en restant dans le cadre du réalisme ce qui achève définitivement de choquer. La fin elle est très sombre avec un David qui « ne sait plus où il habite » ( réplique finale ), qui a tout abandonné ( voir les plans de sa femme ) et qui n'arrive toujours pas à comprendre la violence à laquelle il a pourtant succombé. Une fin ouverte que chacun interprète à sa façon mais qui en tout cas fait perdurer le traumatisme.

Plastiquement Peckinpah joue la carte du réalisme. Photographie soignée mais claire, décors assez naturels et bien utilisés, musique simple mais entêtante. En revanche c'est au niveau de sa mise en scène que l'homme frappe fort : à la fois carrée et classique tout en étant inventive, cette dernière est pour beaucoup dans la réussite du film ( La scène de viol aurait-elle été aussi traumatisante où le carnage final aussi implacable sans cette mise en scène inspirée ? ). Posée, elle sait se faire plus souple lors de certaines scènes ( ralentis à l'appui ) et est dans la lignée artistique de son auteur. Seul Dustin Hoffman est connu et il livre ici peut être l'une de ses meilleures prestations ( c'est dire ! ) en interprétant avec une maestria qui force le respect son personnage très ambigu qui passe brutalement du statut de mathématicien pacifiste à bête humaine meurtrière. Son jeu magistral est donc grandement au service du film, ce qui n'empêche pas les autres interprètes d'êtres très justes.

Aujourd'hui on peut donc décemment dire que Les chiens de Paille est une ½uvre maîtresse dans son genre si ce n'est La référence du Survival. Peckinpah livre ici un formidable film sur la violence en abordant toutes les violences possibles tout en apportant une critique sociale intrinsèque et intemporelle ( il ne faut pas oublier que ce qui fait la force de ce message est que tous les protagonistes sont des gens normaux ). Toutes les constantes de son style particulier sont présentes ( Ralentis, scènes d'actions, influences Western, violence, mise en scène ) et donnent au film une force à la fois dans l'aspect visuel et dans le propos qui force le respect. Film qui démarre dans une étrange banalité ( inquiétante même ) pour finir dans un sommet de violence, Les chiens de Paille est une ½uvre majeure dans son genre qui mérite son statut de film choc car plus de trente ans après sa sortie il est ( presque ) toujours aussi efficace. Un film qui mérite aujourd'hui d'être revu pour ses qualités et qui est représentatif d'une époque du cinéma et d'un auteur hors normes qui influença certains des plus grands.

Ma note : 9/10 LE survival, un traumatisme.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 13:14

A TITRE INFORMATIF

Je tiens à m'excuser à les lecteurs pour mon absence due à un temps libre restreint et consacré uniquement aux visionnages. Rassurez vous j'écris moins mais je vois toujours autant de films, ce qui me permettra de revenir d'ici moins d'un mois où je vous promet nombre de critiques. Allez quelques titres en vrac : Inside Man ( Spike Lee ), Psychose ( Hitchcock ), Les chiens de paille ( Sam Pekinpah ), The killer ( John Woo ), Requiem for a dream ( Darren Aronofsky ) et plein d'autres. Je vous dis donc à bientôt sur filmo5 pour de nouvelles critiques.

# Posté le lundi 24 avril 2006 08:13

Modifié le jeudi 07 juin 2007 08:19

LE NOUVEAU MONDE

LE NOUVEAU MONDE
Terrence Malick. A lui seul ce nom évoque chez les cinéphiles trois chefs d'½uvre tournés sur une période de 30 ans. Poète du septième art qui manie la caméra de façon presque divine, l'homme est un cinéaste rare et peu prolifique mais qui à chaque film livre une ½uvre qui restera à jamais gravée dans les anales. Au fil de sa courte filmographie, il a su imposer son cinéma qui vaut autant pour l'histoire narrée ( toujours de grande qualité ) que pour la nature filmée comme lui seul le sait. Et c'est après 8 ans de silence que Terrence Malick revient avec Le nouveau monde, lecture par le génie de l'histoire de Pocahontas et reconstitution fidèle de la création de la Virginie. Chronique d'une ode à la beauté cinématographique.

En avril 1607, trois bateaux anglais accostent sur la côte orientale du continent nord-américain. Au nom de la Virginia Company, ils viennent établir "Jamestown", un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu'ils considèrent comme le Nouveau Monde.
Même s'ils ne s'en rendent pas compte, le capitaine Newport et ses colons britanniques débarquent au coeur d'un empire indien très sophistiqué dirigé par le puissant chef Powhatan. John Smith, un officier de l'armée, est alors aux fers pour insubordination. Déstabilisés, les Anglais préfèrent combattre plutôt que de s'adapter.
En cherchant de l'aide auprès des Indiens, John Smith découvre une jeune femme fascinante. Volontaire et impétueuse, elle se nommée Pocahontas, ce qui signifie "l'espiègle". Très vite, un lien se crée entre elle et Smith. Un lien si puissant qu'il transcende l'amitié ou même l'amour...


Terrence Malick a réalisé trois films en trente ans : La ballade sauvage, Les moissons du ciel et la ligne rouge. A mes yeux, son plus bel opus reste le troisième cité, film de guerre qui dépasse sa condition au profit d'½uvre métaphysique et contemplative servie par un casting de haute volée, et dont je ne peux décemment rendre hommage en quelques lignes ( il ne reste donc à ceux qui ne l'auraient déjà fait de visionner La ligne rouge qui est une ½uvre on ne peut plus majeure ). Mais qu'est-ce qui caractérise le cinéma de cet auteur bien particulier ? Pour aborder un film de Terrence Malick il ne faut pas prendre en compte uniquement les données narratives, car c'est oublier que l'homme est cinéaste et qu'il se sert de sa caméra pour sublimer son ½uvre. Chez Malick, les protagonistes et la trame sont aussi importants que la nature dans laquelle ils évoluent, montrée sous son plus beau jour et qui est un protagoniste essentiel dans chaque film de l'homme ( la nature y dépasse sa simple condition de décors. ). Chaque métrage de l'auteur est donc, en plus d'un récit simple mais très maîtrisé et sublimé par une maîtrise cinématographique formelle, une ode contemplative à la nature et à la beauté du monde. Mais le cinéma de Malick ne peut facilement se raconter, il se contemple.

Une fois de plus, le postulat de départ est relativement simple et est ici, comme pour la ligne rouge, historique. Il s'agit également de la vision de Malick de l'histoire de Pocahontas. Comme toujours chez ce maître, réduire le film à ce simple postulat serait vraiment réducteur. Le film débute donc rapidement par l'arrivée des colons sur les terres vierges, peuplées d'indiens, de ce qui deviendra plus tard la Virginie. L'introduction est magnifique : sur une musique simple et belle à la fois ( thème de Wagner ) on assiste en parallèle à l'arrivée des navires et à la vision pure des indiens qui les voient débarquer. Révéler la trame narrative de ce Nouveau Monde ne serait guère intéressant aussi je conseille à tous ceux qui ne l'auraient fait de découvrir le film. Les plans de la nature sont toujours aussi beaux, on reconnaît facilement qu'il s'agit d'un film de Malick. La faune et la flore sont filmées avec esthétique et cela passe par une très belle photographie naturelle et des cadrages parfaits. Le nouveau Monde est comme les autres films de Malick : une expérience sonore et sensitive mais aussi bien plus.

La richesse thématique est également au rendez-vous. Malick se sert d'une histoire simple pour la sublimer et livrer un belle fresque poétique. Le film est une très belle histoire d'amour entre le Capitaine John Smith et Pocahontas, très pudique et pure. On est très loin des romances à l'eau de rose très fréquentes de nos jours. Malick sait prendre son temps pour nous faire vraiment sentir l'amour naître entre ces deux êtres, amour beau qui passe par la nature ( la nature est aussi importante que les deux amoureux, comme cette scène de baignade très pudique où l'eau semple purifier Smith et dans laquelle Pocahontas évolue comme dans des draps. ) et l'apprentissage, la connaissance de l'autre. Car c'est ici un autre thème majeur abordé par le nouveau monde : la connaissance de l'autre, le respect qu'on lui porte. Malick se sert ici du contexte historique et développe ce thème à merveille. On est pourtant loin d'atteindre la richesse thématique de La ligne rouge et sa dimension philosophique mais on sent clairement que le but de l'auteur n'est pas de se rapprocher de son précédent opus mais de se contenter de livrer un beau poème et de soigner sa narration, ce qui n'empêche pas de faire passer des messages importants et d'aborder une thématique riche.

La distribution est excellente, avec dans le rôle de la princesse du Nouveau Monde une jeune révélation : Q'orianka Kilcher, qui est faite pour ce rôle. A ces côtés Colin Farrell, qui trouve ici un de ses meilleurs rôles ( il commence à en avoir beaucoup ). La surprise viendra également de Christian Bale, dans un rôle très humain et souriant ( ce qui change de ses prestations habituelles ) qui étonne. Christopher Plummer est excellent en capitaine également, dans le registre du second rôle. Chaque acteur use donc au maximum de son talent pour camper son personnage. Les personnages ont d'ailleurs à ce titre une psychologie très travaillée et sont criant de réalisme, ce qui renforce l'impact dramatique du métrage. Personnage principal également étincelant à l'écran : la nature. Les décors naturels sont magnifiques, servis par une caméra qui confine au divin et une photographie sublime.
Le score de James Horner associé aux partitions épiques de Richard Wagner assurent pleinement la beauté musicale de la bande et son en parfaite adéquation avec la beauté visuelle de l'½uvre.

Le Nouveau Monde est donc bien que film que tous les cinéphiles attendaient. Véritable ode à la pureté, il me manque des qualificatifs pour désigner ce magnifique poème cinématographique qui témoigne encore une fois du talent de son auteur. Avec Le nouveau Monde, Malick délaisse quelque peu les interrogations existentielles pour une forme de cinéma ( encore ) plus pure qui se base sur la cohérence d'un récit parfaitement maîtrisé et sur un aspect visuel et sonore anthologique pour faire vivre au spectateur un moment de cinéma pur et long. Les détracteurs s'ennuieront toujours autant, mais ceux qui n'ont jamais goûté à ce cinéma devraient le faire pour se forger une opinion. Bien qu'inférieur à La ligne rouge, Le nouveau Monde est une ½uvre profondément humaine et naturelle s'une rare poésie qui prendre à coup sûr de la valeur avec le temps.

Ma note : 9/10 Véritable poème cinématographique qui prendra de la valeur avec le temps et une version longue.

# Posté le samedi 04 mars 2006 10:19

INFORMATION

INFORMATION
Je présente mes excuses à tous mes lecteurs quant aux retards pris vis à vis de mes critiques. Mon temps libre n'a pas été très conséquent ces derniers temps et cela ne s'est point amélioré avec quelques ennuis de santé.
Ce fut un long cap à passer et j'espère que vous serez toujours là pour mes futures chroniques qui risquent d'arriver sous peu, avec des choses intéressantes ( La bilogie des Escape From de Carpenter et bien d'autres avant et après ). En attendant, je ne saurais que vous conseiller de vous ruer voir Le Nouveau Monde, Le nouveau Terrence Malick qui ne peut être qu'un chef d'oeuvre.
Je signale également que Mérovingien traverse une mauvaise passe et lui porte donc tout mon soutien ( les milieu de la critique est plus solidaire qu'on ne le croit ) et vous encourrage à rester fidèles à ses chroniques.
Vous remerciant d'être de plus en plus nombreux à me lire, je vous adresse mes sentiments distingués.

# Posté le dimanche 12 février 2006 08:27