PIRATES DES CARAIBES : LE SECRET DU COFFRE MAUDIT

PIRATES DES CARAIBES : LE SECRET DU COFFRE MAUDIT
Dans la catégorie rentable des Blockbusters estivaux, Pirates des Caraïbes avait laissé une trace digne d'un boulet de canon en frôlant au passage les standards, non de qualité mais de rentabilité. Film tiré d'une attraction Disney produit par un Bruckheimer qui semblait-il n'avait pour modeste ambition que de rentrer dans ses modestes frais de 140 millions de dollars et de tirer même quelques profits (qui sait, dans une période si rentable ?) et qui n'aurait jamais pu imaginer que le film puisse faire un tel carton, La malédiction du Black Pearl secoua le spectateur lambda en lui faisant avaler un précipité plutôt indigeste comme étant un bon film d'aventures grand cru. Le cinéphile lui, n'avait pu s'y tromper et gardait en mémoire les vieux films de pirates en tentant d'oublier ce semi-navet. Mais trois un plus tard deux suites sont tournées simultanément et c'est cette été que le second opus, le secret du coffre maudit, sort sur les écrans. Et franchement, c'est excellent (et par extension, ça fait plaisir.)

Dans ce nouvel opus de l'aventure Pirates des Caraïbes, le toujours aussi excentrique pirate Jack Sparrow est confronté subitement à son passé. Treize ans auparavant, Jack signait un pacte avec Davey Jones, le maître des sept mers, dont l'esprit maléfique n'a d'égal que son apparence tentaculaire. En échange de son âme, ce dernier lui promettait le commandement du mythique Black Pearl...
Aujourd'hui, Jones vient donc récupérer sa dette. Mais donner son âme à Jones est sans issue, il n'y a pas de rédemption possible, c'est devenir comme tous les membres de son équipage maudit, un fantôme au physique aussi repoussant que terrifiant. Pour éviter ce sort funeste auquel Jack ne tient pas vraiment, il n'a qu'une solution : retrouver le coffre maudit de Jones où sont cachés les âmes emprisonnées...


Le premier volet de ce qui au départ n'allait pas être une trilogie était franchement moyen. Reprenant légèrement les codes du film de pirates (genre très codifié) et les mixant avec une love story nunuche, du kitsch pas tout à fait assumé, des singeries de Johnny Depp qui ne faisaient rire personne, un Orlando Bloom tellement mis au statut d'icône que cela en devenait risible, une Keira Knightley pas encore au top de sa beauté, des références pas très bien digérées (le zombie-movie pour ne citer qu'elle) et d'autres scories qui alourdissaient l'entreprise de façon considérable. Au final en ressortait un film d'aventure bâtard certes divertissant mais assez vain malgré un background qui donnait envie au spectateur de se voir travaillé plus en profondeur et certaines bonnes idées. Heureux événement : pour la suite, Verbinski nous livre un vrai film d'aventure qui fait plaisir servi par une bonne histoire, un background superbe, des interprètes très bon, une maîtrise technique et formelle très bonne etc... Le genre de films que l'ont n'espérait pas voir et qui fait donc très plaisir même si c'est loin d'être parfait.

Dès le début du film on est pour ainsi dire rassuré, passé bien entendu un logo Disney de mauvaise augure. La musique de Hans Zimmer, alter ego musical de Bruckheimer est très belle et les images signées Gore Verbinski sublimes (voir la scène du mariage sous la pluie, nous rappelant son sublime Weather Man). Tout ce qui pouvait énerver dans le premier opus disparaît au profit de décors sublimes. L'imagerie pirate de base est présente revue et corrigée à une sauce plus personnelle et plus sombre. Oui on voit bien les corps dans des cages suspendues et oui, ils se font bel et bien dévorer par des corbeaux. Les torches brillent de mille feux, les costumes sont beaux, tout est pour ainsi dire épique. Le film démarre en fait très rapidement par une narration très maîtrisée. On est donc vite plongé dans le bain ce qui peut être un défaut, les deux heures et demie de métrage passant quand même très vite. Le spectateur lambda lui est content de retrouver les figures du premier opus (beaucoup plus adultes cette fois ci) et bizarrement, le cinéphile aussi (la présence de Jonhattan Pryce contribue à cette satisfaction mais ne peut être considérée comme son seul moteur.) C'est donc parti pour deux heures trente d'aventure, de fantastique, de frissons (légers mais plus présents que dans le premier épisode) qui font plaisir à l'amateur des King Kong et autres aventures d'Indy dans le parc aux dinosaures, bien qu'avec le présent film on n'atteigne pas non plus l'excellence des titres précédemment cités.

Les créateurs de la franchise ont donc opté pour l' « ocean opera » en lorgnant du côté d'un Stars Wars ou d'un seigneur des anneaux. Cela implique donc un background soigné (c'est le cas ici), une thématique profonde (ici profond, profond n'est pas l'adjectif proprement approprié malgé quelques efforts), des personnages charismatiques et profonds (à son échelle cette opus rattrape les lacunes du précédent épisode) et bien d'autres choses qui nous font aduler les œuvres précédemment citées. C'est d'ailleurs l'un des principaux défauts de cette suite : l'envie de « rattraper le temps perdu » ce qui entraîne parfois une narration succincte (ici c'est précisément le cas au début du métrage) et des oublis (heureusement pas trop présents). Mais elle se rattrape à bien d'autres égards. La grande équipe semble enfin avoir compris l'esprit du serial et du film d'aventure(s) et pour de bon ça marche. Tous les ingrédients sont au rendez vous : cannibales, fantastique, exotisme, rixes bien chorégraphiées, mythes revisités à la façon « light » (mais c'est efficace), enjeux clairs, protagonistes bien traités, multitude de lieux visités, rebondissements pas trop mauvais (le cliffhanger final a le mérite de donner envie au spectateur de voir la suite) et j'en passe. Et là on est véritablement servi, au point qu'on frôle parfois l'overdose et que certains éléments soient trop vite traités (les cannibales pour ne citer qu'eux qui manquent cruellement de profondeur malgré leur design superbe).

Mais peut être l'un des raisons de cette mise en images de tous ces fantasmes provient du quasi plagiat de la trilogie des étoiles. Trio amoureux, antihéros amoureux de son vaisseau, relation père-fils, notion du bien et du mal, personnification du mal (ici la compagnie des indes, qui fait furieusement penser à l'empire galactique), aventures, moments tragiques. Certains passages du présent films paraissant carrément copiés de Star Wars : difficile de ne pas penser à C6PO commandant les ewoks dans le retour du Jedi (avec bûcher pour faire brûler le héros à l'appui et la cage où est enfermé Will avec l'équipage) ou encore le design du Kraken, qui évoque furieusement Sarlak du même film précédemment cité. La poursuite de Jack par les cannibales elle évoque les aventuriers de l'arche perdue où Indy se retrouve coursé par des autochtones belliqueux. Heureusement les scénaristes parviennent à se démarquer en proposant leur propre univers, cohérent et profond (ce qui est assez rare dans les récents blockbusters ambitieux comme les chroniques de Riddick, pour ne citer que lui).

Les interprètes eux sont merveilleux et pour s'en convaincre il suffite de voir le trio principal. Johnny Depp a cessé son jeu de singe ivre, cabotin et androgyne pour une composition infiniment plus ambiguë et juste. L'humour est là, mais différent (voir la très bonne scène de la bagarre dans le bar de Tortuga, excellente). Orlando Bloom quitte son statut de héros niai qui plaît aux gamines pour celui de héros torturé et pourtant déterminé. Keira Knightley, peut servie par le premier volet, se rattrape ici en mettant en avant son extraordinaire beauté et son sens du jeun hors pair. Elle campe une Elizabeth devenue forte mais qui n'est pas pour autant sûre de tous ses actes. Fini les clichés des deux amoureux mielleux et du capitaine rigolo et bourru : il s'agit ici d'un trio amoureux au sens le plus simple du terme. Formellement c'est une sacré réussite, bien qu'on ne peut tout mettre sur le crédit de Gore Verbinski (qui nous avait impressionné avec The Weather Man, mélodrame non conventionnel et tout bonnement sublime de bout en bout). Le design est fabuleux et l'univers créé prend enfin vie et transporte en nous une vraie magie, aidé par les effets spéciaux d'ILM (ce qui en soit est une finalité). La musique de Hans Zimmer trouve enfin sa place. Elle sonne tout de suite mieux quand il s'agit de donner un sens épique à des scènes qui en sont déjà très chargées que quand elle accompagne les épopées patriotiques et écervelées de Bruckheimer. Le montage s'avère excellent. Pour ses scènes musclées, le film adopte un découpage qui énonce les diverses actions (plusieurs scènes se déroulent à la fois) en les faisant se croiser et se re-croiser dans un jeu de montage brillant rappelant Peter Jackson.

Malheureusement, serait-on tenté de dire, le film est loin d'être exempt de défauts. La faute notamment à un humour souvent de mauvais goût et anéantissant souvent des scènes à fort potentiel (le cannibale armé de sa fourchette et de son couteau ainsi que le jeu des brochettes de Jack sont à titre d'exemple tout bonnement insupportables !). La thématique elle n'est pas toujours explorée à son maximum, par exemple pour Davy Jones, méchant tragique (et charismatique), relecture légère du mythe du hollandais volant (nom donné à son navire en guise d'hommage) mais qui est réellement à prendre au sérieux. Le vaudou lui non plus n'est pas exploré à son maximum, même si le cas contraire aurait peut être alourdi le film. Les relations entre les personnages sont approfondies même si on aurait aimé en voir et en savoir plus (Elisabeth aurait gagnée à être traitée avec encore plus de profondeur pour saisir toute la puissance du personnage.). Et puis il y a la narration au début succincte. La façon dont Will retrouve Jack chez les cannibales est narrée en 5 plans assez incohérents (c'est très facile) et le passage dans l'île de ce peuple manque quelque peu de profondeur, même s'il est tout bonnement jouissif. L'abandon de Will est aussi relativement bâclé malgré les efforts des scénaristes pour renforcer ce passage.

Pirates des Caraïbes second du nom est donc sûrement l'un des meilleurs blockbusters estivaux vu depuis longtemps (bien sûr si l'on considère que le chef d'œuvre Miami Vice n'est pas une Blockbuster au sens classique du terme). Une trilogie mal commencée mais étonnement superbement poursuivie (alors qu'il aurait suffi à l'équipe de nous refaire le coup du premier épisode pour engendrer des recettes colossales). Certes on n'atteint pas encore l'ampleur d'un Star Wars mais franchement c'est excellent. Tout ce qui fait un bon film d'aventure est là et bien plus encore ce qui nous fait vraiment passer un bon moment. Il serait long d'énoncer les qualités de ce Pirates des Caraïbes mais le mieux reste de le voir pour se faire une idée (curieusement, ceux qui avaient été surpris par le premier opus on été déçus par celui-ci et vice-versa). Pour résumer je dirais une belle épopée doublée d'un film d'aventure certes conventionnel (on pourrait cocher les cases du cahier des charges en cours de projection) mais terriblement charmant, ce qui implique des personnages assez profonds pour être aimés, un univers profond et accrocheur et une histoire bien écrite. Et ça marche !

Une chose est sûre : le film m'a réconcilié avec sa franchise au départ inglorieuse. Un très bon serial d'aventures profont et divertissant, un divertissement à l'ancinne qui fait plaisir. La suite s'annonce très bonne si l'on en crois la fin du film (qui fait penser à la trilogie des étoiles encore une fois.). Mission accomplie pour l'équipe qui, même si elle n'a pas su conquérir les cœurs de tous les cinéphiles, a su conquérir le mien et je l'en remercie. Cela faisait longtemps que Disney n'avait pas produit du rêve, et cela a été fait dans un cadre autre que celui du simple film pour beaufs et mômes peu regardants. Continuez comme ça !

Ma note : 7/10 Une excellente surprise au sens littéral du terme dans le sens où je n'en attendais presque rien.

# Posté le vendredi 01 septembre 2006 03:28

MIAMI VICE

MIAMI VICE
Tout cinéphile normalement constitué aura souffert des mois durant dans l'attente de la sortie de Miami Vice. Et c'est comme beaucoup d'adorateurs qu'en ce jour de 16 août je me suis précipité dans les salles obscures pour pouvoir admirer la dernière bombe en date de l'un des meilleurs réalisateurs au travail actuellement, j'ai nommé Michael Mann. Après avoir révolutionné le polar urbain avec le génial Heat, il avait su repousser ses limites et avait fait d'une œuvre de commande un chef d'œuvre tout bonnement inestimable : Collateral. On ne pouvait donc qu'être perplexe et se demander si Mann n'allait pas décevoir après un tel chef d'œuvre. Le verdict est que si l'homme n'a surpassé sa dernière création, il l'a su l'égaler dans un registre différent. Chronique d'un chef d'œuvre impressionnant.

Miami... Deux agents fédéraux et la famille d'un informateur ont été sauvagement exécutés. Une nouvelle enquête commence pour Sonny Crockett et son coéquipier Ricardo Tubbs, avec une certitude : la fuite qui a permis ce massacre en règle provenait des sommets de la hiérarchie... Les deux inspecteurs découvrent rapidement que les tueurs étaient au service de la Fraternité Aryenne, organisation suprématiste liée à un réseau de trafiquants internationaux doté d'un système de protection ultra-sophistiqué. Poursuivant leurs investigations, les deux partenaires prennent contact avec l'administratrice
financière du cartel, Isabella, une sinocubaine aussi experte en investissements et transferts de fonds qu'en blanchiment d'argent. La séduisante Isabella offre contre toute attente à Sonny une chance d'exorciser ses démons...


Il faut dire qu'à la base de Miami Vice il y a déjà de quoi pleurer de bonheur. Imaginez un peu : Mann (ce qui est en soi une finalité) aux commandes de sa caméra Haute Définition avec laquelle il avait fait très mal à la pellicule (et qu'il manie ici avec une dextérité croissante qui fait très peur) avec pour adapter à sa sauce (c'est à dire en ne reprenant presque rien) une série à succès dont il était producteur exécutif. Il dispose d'un budget colossal (environ 150 millions de dollars), d'un casting cinq étoiles choisi à la perfection et de la garantie du final cut pour mener à bien sa lourde tâche qu'est de livrer un chef d'œuvre au moins égal au précédent. Mission donc accomplie et ce avec brio. Miami Vice ne reprend en fait pas grand chose de la série. Il y a certes deux flics : Sonny Crockett et Rico Tubbs, qui font certes partie de la police de Miami et qui certes disposent d'une belle voiture. Les comparaisons s'arrêtent là et Mann est bien trop intelligent pour ne pas faire de clins d'œil à la série.

A peine le logo Universal disparu qu'on plonge directement dans le bain pour ainsi dire. Une scène de boîte de nuit, étouffante et tendue. Mann évite les écueils des introductions trop parlantes en rendant la sienne presque muette, seulement rythmée par la très bonne musique de la boîte de nuit. Le style impressionniste et intimiste de Mann (comprendre par là qu'il prône la mise en image des impressions sans ficelles mélodramatiques) est déjà présent : Gros plans sur les visages, tendus, un verre échangé avec quelques lignes de dialogue. Tout cela n'est qu'éphémère. Nos deux héros arrivent trop tard et montent sur le toit. Magnifique plan d'un Miami qui s'étend à pertes de vue. Le spectateur lui ne sait plus que penser : le style Mann est poussé à son paroxysme, la narration est aussi rapide qu'une balle sans nous perdre pour autant. Tout le film se voit, se vit à haute vitesse et ce même avec une relativement faible part de scènes d'actions (mais quelles scènes !).

Le scénario délaisse tout manichéisme pour une intrigue pourtant très développée et extrêmement cohérente. Même si la vitesse du film peut laisser un arrière goût d'accéléré, la vérité dépasse les apparences. Mann a réuni au passage une documentation titanesque qu'il use en corrélation avec son style unique pour livrer la quintessence du polar urbain. Il est parfois étonnant de retrouver certains éléments de Heat et Collateral dans certaines scènes : une visite chez Jose par nos deux héros très proche de celle de Max chez Felix dans Collateral (avec Clé USB à l'appui) comme certains plans en voiture ou bien Sony et Isabella qui échappent à une balle (alternative intéressante à son équivalent dans Heat lorsque qu'Al Pacino tuait Tom Sizemore). Heureusement elles semblent plus appartenir à un style Mann qu'à une envie maladive de s'auto citer. La violence est omniprésente (d'où la belle interdiction R aux moins de 17 ans aux états unis) : dès le premier massacre avec un bras arraché par une énorme cartouche. Mises à morts sèches, fusillades très violentes et sanglantes d'un réalisme qui fait très mal.

En conduisant son film à toute vitesse Mann ne néglige pas pour autant ses personnages principaux et encore une fois, par fidélité à son style, préfère l'intimisme et certains plans en apparences anodins qui en disent beaucoup plus que les grosses ficèles mélodramatiques et scéniques qui auraient juré avec l'aspect si réaliste du film. La peur est palpable mais aussi l'amour, que Mann fait naître de façon très intelligente ou encore la colère. La pègre n'est ni romancée ni encore moins aseptisée : nos deux héros travaillent sous couverture dans un monde dangereux à tout instant. L'ambiguïté ici naît moins des personnages que de leurs actions d'où une fois très belle et aussi si juste. Mann impressionne donc à tous les niveaux et livre un scénario d'une cohérence absolue qui s'avère fouillé sans céder aux effets de styles à la mode en ce moment : on se trouve dans du linéaire tout sauf linéaire.

Les interprètes eux livrent des interprétations époustouflantes. Principalement avec le duo principal : Colin Farell et Jamie Foxx, tous deux parfaits mais aussi avec Gong Li et Naomi Harris. Mann en tant que directeur d'acteurs ultime arrive à tirer de son casting de vrais émotions et nous épate dans chaque scène. La musique, très présente, est parfaitement choisie. Les morceaux autant que les partitions originales sont magnifiques et contribuent à la beauté du film, à son atmosphère (comme dans Collateral). Formellement c'est tout simplement une révolution ! On ne peut décrire la beauté de chaque plan. Mann pousse dans ses derniers retranchements les possibilités de la HD pour un rendu tout bonnement hallucinant ce qui, associé à sa mise en scène si parfaite, donne des plans si beaux et intelligents qu'on s'émerveille à chaque instant.

Mais alors Miami Vice serait une réussite à tous les niveaux, un chef d'œuvre ultime ? Malheureusement (ou heureusement), la perfection n'est pas de ce monde (mais si je serais tenté de dire qu'on s'en approche de très près avec le présent film). Le spectateur purement objectif ne pourra ainsi pas omettre d'évoquer une rapidité qui peut nuire aux personnages ou encore quelques personnages secondaires qui peuvent manquer de profondeur (ce qui n'est pas en soit une fin car ils sont des personnages secondaires). Il est vrai que dans le feu d'une action qui fait passer les quelques deux heures de métrage à une vitesse hallucinante (on est triste quand on voit arriver le générique de fin) certains personnages peuvent être quelque peu perdus (comme l'indicateur qui se suicidera au début du film dont on sait peu de choses, ça paraît parfois précipité). Mais les défauts sont vraiment mineurs, minorité renforcée par les qualités plus que majeures du film qui en font un véritable chef d'œuvre et déjà un standard.

Mann signe donc avec Miami Vice un chef d'œuvre à tous les niveaux. Allier une histoire parfaitement bâtie à un traitement si parfait (on parle ici de mise en scène, d'acteurs, de graphisme, de musique et de tout ce qui fait un film et qui s'avère ici parfait) ne peut donner lieu qu'à une certaine idée de la perfection. Miami Vice est un véritable chef d'œuvre, inestimable. Un film d'une maîtrise qui fait froid dans le dos. Imaginez le style parfait et unique d'un véritable génie du cinéma non moins parfait et unique poussé à son paroxysme. Cela donnerait Miami Vice où toutes les obsessions du maître semblent s'être donné rendez vous dans un film à la fois somme et pourtant unique. Il serait infini de disserter des heures entières sur ce chef d'œuvre qui de toute façon divisera mais le voir reste la meilleure solution de s'en faire une idée tant le visionnage est ici justifié. J'y ai vu l'aboutissement d'un art, d'un cinéma et d'un auteur qui en soi est un aboutissement. Et en disant cela je ne rend pas assez hommage à ce véritable chef d'œuvre (comme on n'en voit que trop rarement et d'un côté tant mieux). Chef d'œuvre du film policier, d'action ? Oui, mais surtout chef d'œuvre définitif.

Ma note : 10/10 Un tel chef d'oeuvre que le dithyrambe en devient dispensable. L'aboutissement d'un cinéaste hors du commun.

# Posté le mercredi 16 août 2006 15:29

A HISTORY OF VIOLENCE

A HISTORY OF VIOLENCE
David Cronenberg est un cinéaste à part dans le paysage actuel. Utilisant certains effets de style comme le gore et le trash pour décrire l'état d'esprit de ses personnages dans sa filmographie, l'homme divise pour mieux régner dans le cœur de certains cinéphiles adeptes de ses fictions peu conventionnelles (catégorie dont je ne fais pas partie). Pour son dernier film le réalisateur part d'une œuvre de commande pour livrer un film en apparence simple et linéaire et en réalité très profond et recherché. Pour la première fois une œuvre du réalisateur met tout le monde d'accord, car en abandonnant les réminiscences trasho-gores et les histoires fiévreuses, il opte pour un style plus fin et mature. Une chose nous reste après visionnage : a history of violence est un chef d'œuvre et un vrai bonheur ludique et filmique qui nous donne envie de le revoir, de le sonder.

Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...

A la vue du titre, on pourrait s'attendre à une œuvre alambiquée et prétentieuse dans la lignée des films de Haneke. Or dès que le film démarre nos certitudes se dissipent. Cronenberg fait preuve d'une sobriété étonnante que ce soit dans ses partis pris esthétiques ou même le traitement de la violence, acte central du film. Le film démarre très fort avec un plan séquence d'une sobriété qui force le respect. Deux hommes sortent d'une chambre de motel, ils prennent la voiture pour aller à la réception. L'un des hommes entre. Le plan continue et ne s'arrêtera que lorsque le second homme rentrera pour aller chercher de l'eau, le premier étant retourné à la voiture. Le plan séquence se termine donc à l'instant où l'homme pousse la porte. Première impression : tension sourde distillée, sobriété, interrogations. Que va-t-il se passer. Premier plan à l'intérieur de la réception : l'homme découvre les cadavres des propriétaires. En passant d'un plan séquence à un plan classique, Cronenberg bouscule tout, répond à nos interrogations et confirmes les doutes que nous aurions pu avoir. Un véritable tour de force, à l'image du film. L'homme, en remplissant son bidon d'eau, verra qu'une petite fille est vivante et en pleurs. Elle le regarde, il lui dit de se calmer (sans aucuns dialogues, juste par des gestes). Plan suivant, on voit la main de l'homme prendre le pistolet qu'il a dans le dos. Deuxième rupture brut, peut être moins surprenante mais tout aussi efficace. Le meurtre lui sera commis en hors champs. Dès la première séquence Cronenberg annonce frappe déjà fort et met mal à l'aise, le tout avec à la fois une sobriété déconcertante et une maestria dans la mise en scène qui force le respect.

Fondu, une petite fille en pleurs se réveille, elle a fait un cauchemar. La famille accourt, composée d'un fils aîné, de la mère et du père, Tom Stall, héros du film. Dès le début du film Cronenberg nous fait entrer dans la normalité d'une famille type, tout ce qu'il y a de plus normal. Le début du métrage est d'ailleurs à cette image : faire entrer le spectateur dans la banalité quotidienne. En enchaînant les scènes à priori anodines, Cronenberg peint en fait ses protagonistes, leur vie, leur personnalité. Discussions, échanges entrecoupés d'éléments moins communs (le fils subit des moqueries à l'école ...). Sans avoir recours aux écarts trash, Cronenberg dépeint la famille et le couple de façon remarquable et infiniment juste. De ses aveux même il a ajouté les scènes de sexe lui même, n'étant pas présentes dans le script original. On assiste donc à une scène de sexe entre les parents, la mère déguisée en Pom-Pom girl qui souhaite « jouer aux adolescents ». Cronenberg scrute ici avec finesse la vie sexuelle d'une couple normal en mettant en scène une sorte de jeu de rôles sur le fantasme. En plus d'appartenir à l'univers du cinéaste, ce genre de scène a ici pour but de renforcer la peinture réaliste de ce couple et fonctionne comme n'importe quel autre scène. Le réalisateur passe donc par tous les aspects pour décrire la vie de famille et de couple, met en place les pions sur un échiquier tout ce qu'il y a de plus réel.

En parallèle de sa peinture familiale et conjugale, Cronenberg développe une ambiance. L'action se déroule dans un petit coin rural des états unis, un petit village paisible en apparences. Le cinéaste peint un peu ici un portrait idéal du rêve américain : des habitants sympathiques et bons citoyens. Mais il va quand même, dans sa sobriété, jusqu'au bout de sa peinture sociale : le couple Stall possède une arme à feu (ce que l'on verra plus tard quand le film opèrera un virage radical en brisant la normalité), les jeunes traînent le soir et fument de la drogue, les rivalités sont là (d'où les scènes d'harcèlements que subit le fils Stall). Réalisme et sobriété sont encore une fois de mise ce qui renforce la justesse du propos. Tom est donc un honnête propriétaire de café et est donc connu par les habitants. Durant toute la première partie du métrage Cronenberg installe une ambiance, peint ses personnages de façon réaliste et poussée, réaliste, ce qui la rend plus qu'intéressante. Puis le film s'accélère.

Les deux tueurs vus en début de film (et qui réapparaissent dans une scène où ils croisent le regard de l'agresseur de Jack, le fils Stall) réapparaissent et entrent dans la café de Stall, sur le point de fermer. Il est intéressant de noter que la normalité est dépeinte jusqu'au bout avec le jeune couple local présent dans le café en train de déguster une glace. Les deux hommes demandent du café, Tom leur indique poliment la fermeture imminente, un des hommes insiste, Tom obtempère. La tension est palpable, renforcée par ce que sait le spectateur. Puis finalement les deux tueurs sortent leur armes et braquent le café. Tom profite que l'un deux tourne la tête pour saisir son arme et il massacre les deux malfaiteurs (il achèvera le dernier d'une balle dans la tête après s'être fait planter un couteau dans le pied ). Cronenberg, qui sait parfaitement où placer sa caméra, film ce massacre avec réalisme et froideur mêlés à la maestria de la mise en scène. Une scène à la fois sobre et très forte, qui annonce le basculement du film dans un contexte moins routinier et qui va explorer la dichotomie sourde du film entre l'apparente normalité et ce qui semble se passer en profondeur et être discrètement présent : la violence.

Dans son drame humain Cronenberg ne néglige jamais sa peinture humaine. Ainsi le shérif, figure de l'ordre dans cette micro-société apparaît lors du drame. Carl Fogarty arrive et harcèle les Stall. Les questions se posent, le doute est semé. Le massacre du bar lui sera très médiatisé et Tom sera érigé au rang de héros ce qui aura des conséquences. Fogarty pourra donc le repérer et venir le harceler mais cela déclenchera aussi une bagarre à l'école de Jack où ce dernier battra violemment son adversaire. Les ceritudes volent en éclat, la famille est moins solide (Tom donnera une baffe à son fils qui lui répondra). La violence est déclarée et elle est palpable. Carl lui harcèle sans cesse le couple, que ce soit au lieu de travail (le café) où même au centre commercial, lieu de consommation, où il donnera des doutes à Edie en lui apprenant des choses sur Tom. Cronenberg arrive à créer le doute et la tension de façon hitchcockienne. Une scène par exemple où Tom, assis dans son café, voit passer la limousine de Fogarty, fonctionne fortement grâce aux effets de montage (la course de Tom est montrée en parallèle avec la progression de la voiture et la panique et l'incompréhension d'Edie). Même dans ces moments tendus Cronenberg conserve sa sobriété épatante. L'inévitable arrive : Fogarty vient chercher Tom chez lui et menace sa famille. Tom va massacrer les hommes de Fogarty mais sera menacé par Fogarty lui même qui sera tué par Jack avec le fusil de ses parents.

Ce massacre est également très violent dans la veine du premier. Une fois Fogarty achevé Tom se lève et serre son fils dans ses bras. Ce plan fait penser à un union dans la violence, une nouvelle union père-fils autrefois abîmée par la dispute. Plan très fort avec un Tom au visage ensanglanté qui dit en dit lourd sur la violence elle même. Mais ce massacre a fini de semer le doute et Edie demande à Tom sur son lit d'Hopital la vérité. Il lui avoue donc qu'il était Joey Cusack mais qu'il s'est retriré pour mener une vie rangée. Cronenberg ne cède pas aux grosses ficelles mélodramatiques et préfère une fois encore le réalisme. Ainsi Edie quand elle apprendra la nouvelle décisive ira vomir. Tom avouera tout, même l'origine du nom qu'il a choisi (« c'était le seul disponible »). Les doutes du spectateur se confirment en même temps que celles d'Edie dans cette scène poignante et dure à la fois. Le titre A history of violence prend alors ici son sens premier. History désignant un passé, le passé trouble de Tom remontant à une surface trouble. Une fois l'aveu délivré tout change : Jack fuit à nouveau son père. Tom qui vient de se disputer avec Edie la viole à moitié dans les escaliers dans une scène violente et crue (et typique du cinéma de Cronenberg). La normalité familiale du début de film est complètement inversée, la violence à tous ses niveaux est palpable, il n'y a pas d'issue, de pardon. Mais c'est après avoir reçu un coup de téléphone de Richie que Tom décidera définitivement d'aller régler ses comptes une bonne fois pour toutes à Philadelphie.

Arrivé devant Richie Tom l'entend l'accuser de tous les maux mais tend sa main dans un ultime demande de pardon qui lui sera refusé. Au passage Cronenberg dépeint de façon réaliste la pègre lui donnant un visage d'organisation composée de véritables bandits et tueurs. Tom arrivera à éviter la tentative de meurtre sur lui, massacrera les hommes de Richie (autre massacre violent) et finalement Richie lui même dans un plan presque parallèle à celle où Tom demande pardon (le pardon n'est pas accordé, Richie a tenté de le tuer). Les plans montrant ensuite Tom se laver du sang dans un lac montre également cette envie de rédemption, cette envie de pardon. Tom rentre chez lui et se font les premiers pas vers une rédemption qui sera longue (magnifique et touchante scène de repas, avec les enfants qui lui tendent les plats et Edie qui pleure, importance de la prière). Le film s'achève sur ces images à la fois pessimistes et qui donnent un petit espoir.

Techniquement on frise la perfection avec des plans magnifiques. Cronenberg prouve comme beaucoup que film d'auteur ne signifie pas catastrophe visuelle. Il fait preuve d'une sobriété et d'un ton sec de premier choix pour une telle histoire. La mise en scène est inspirée et grandiose, servant une narration bien calibrée. La musique d'Howard Shore remplit son rôle pleinement : un score simple, beau et qui va bien avec le baroque moderne des images. Du grand art. Les acteurs sont au diapason. Comment se fait-il que Viggo Mortensen n'ait pas reçu de prix (comme le film d'ailleurs) ? Sa prestation est tout bonnement hallucinante et contribue pleinement à l'impact du film. Maria Bello, d'une grande beauté est elle aussi exemplaire. Ed Harris incarne un méchant anthologique avec une maestria rare et William Hurt donne tout le côté poisseux à son personnage de patron de la pègre. Les acteurs n'ont pas hésité à prendre des risques et se sont investis à fond dans leurs personnages et cela se ressent (Maria Bello ne rechignant pas à dénuder ses parties intimes, ce à quoi elle devait s'attendre en jouant dans un film de Cronenberg). Techniquement, artistiquement et au niveau distribution, on atteint donc la perfection.

En abandonnant son registre Trash pour une forme plus épurée mais recherchée de cinéma, Cronenberg signe donc un véritable chef d'œuvre. Le genre de films que l'on a envie de revoir à répétition. Il arrive sur une heure et demie à créer une véritable ambiance, à peindre son cadre et ses personnages au maximum, à développer toutes ses intrigues et à amener à un film d'une cohérence parfaite. Western, mélodrame social, polar noir : A history of violence touche à peu près à tous ces genres en les transcendant par une mise en scène parfaite et une maestria filmique générale qui force le respect. Mais parler de A history of violence est en quelque sorte une hérésie tant le film se doit d'être vu pour en apprécier toutes les facettes. En apparences un film linéaire et simple mais en réalité un filme dense et complexe qui peint l'âme humaine et la société d'une façon poussée à son paroxysme tout en y ajoutant un aspect intemporel. A history of violence est un chef d'œuvre dans tous les sens du terme et est vraiment un film à voir. Véritable choc, il se doit d'être vu de nombreuses fois, y compris pour le plaisir. Cronenberg lui est au sommet de son art et livre son chef d'œuvre. Un film tout bonnement indispensable qu'il fat voir à tout prix. Un véritable chef d'œuvre et déjà une référence.

Ma note : 10/10 Un film définitif. Magistral.

# Posté le samedi 22 juillet 2006 09:55

THE DEVIL'S REJECTS

THE DEVIL'S REJECTS
Il y a des films dont on n'aurait pas pu prévoir l'arrivée et qui au final se révèlent être de petites perles fantasmées. The Devil's Rejects, de Rob Zombie, est de ceux là. Véritable perle de contre culture faite par un cinéphile pour les cinéphiles, ce violent road movie qui furète vers d'autres genres comme le western ou l'horreur est un véritable bonheur pour tout amoureux du cinéma de genre normalement constitué. Après un premier film bancal et incertain (The House of 1000 corpses), Zombie livre une bande en passe de devenir culte. Excellent.

Après la mort de son frère, le shérif Wydell ne rêve que de vengeance. Il est prêt à tout contre la terrifiante famille Firefly, et il n'hésitera pas à outrepasser la loi.
Barricadés dans leur maison, les Firefly, eux, sont décidés à lui échapper par tous les moyens. Rien ne semble pouvoir arrêter leur macabre saga.
Entre les deux camps, la guerre est ouverte, et elle va s'étendre...


Le premier volet était un véritable hommage aux grands classiques de l'horreur sous forme de train fantôme rapide et décomplexé mais qui pêchait par son côté farce clownesque et sa tendance au style MTV regrettable. Virage réussi pour Zombie qui réussit avec cette suite indépendante un véritable film de tarés, viscéral et pourtant si drôle à la fois. Cela passe par des choses simples : une mise en scène inspirée, une esthétique très Western, une B.O rétro dans le plus pur style country, des dialogues savoureux, un casting magistral (nous y reviendrons) et une violence paroxystique.

Le film commence fort avec une fusillade anthologique quoiqu'un peu illisible par moments. Le film est vite posé et prône dès le début le plaisir immédiat. Puis un générique à base de stop cuts qui a pour le mérite de faire progresser la narration tout en étant jouissif dans son approche et sa musique. Tyler Bates est à la bande originale et signe encore une fois un morceau d'anthologie (il avait déjà signé la B.O du remake de Zombie : L'armée des morts). Otis et Baby, les deux enfants se retrouvent donc dans un motel délabré à attendre leur père, et décident donc de prendre deux couples en hotage. La violence est immédiatement présente dans de nombreux états : Balle dans la tête d'un pauvre homme qui en fera vomir un autre, nudité, sévices sexuels ( pistolet dans le vagin etc ...). Relecture vitaminée du Salo de Pasolini ? Non, simplement plaisir coupable et sadique pour le spectateur, renforcé par l'hystérie collective qui fait plaisir à voir. A aucun moment The Devil's rejects ne cherche à faire peur au spectateur : le mal est vu de l'intérieur par nos 3 héros fous ce qui à défaut d'être moral est purement jouissif. La violence est souvent traitée avec ironie froide qui fait plaisir au spectateur : entendre Otis dire à Adam : « Mon flingue sent la chatte de ta femme. J'espère qu'il va pas rouiller » provoque l'hilarité du spectateur alors que ce genre de trouvailles est purement immoral.

Immoralité semble d'ailleurs être un maître mot dans le film qui détient le record du monde des Fucks prononcés. Tout ici sent l'anticonformisme : une prostituée qui veut se déguiser en princesse Leïa pour attirer les clients, Captain Spaulding qui balance des « casse-toi la grosse » à sa dernière conquête, Mama Firefly qui tente d'exciter le chérif en tirant la langue (ce qui fait immédiatement penser aux déviances de John Waters), un vendeur de poulets qui se moque de Michael Berryman et qui explique comment avoir des rapports sexuels avec un poulet. Mais au delà de toutes ces déviances jouissives se trouvent de vraies références. Ainsi Otis qui découpe un masque avec la tête d'Adam n'est pas sans rappeller massacre à la tronçonneuse et même le casting évoque des classiques horrifiques (les présences respectives de Ken Foree et Michael Berryman évoquent Zombie et La colline a des yeux). Les références de Zombie sont vastes : cela va d'une nuit en enfer à La horde sauvage mais le cinéaste sait parfaitement doser et réutiliser la culture qu'il a digéré.

Mais au delà de ce flot de violence Zombie arrive à renforcer la psychologie de ces personnages et en fait de vraies gueules, des archétypes du mal et du far west. Cela se voit particulièrement avec le personnage du shérif Wydell, véritable redneck violent et qui veut se venger des rejetons. Ainsi, une scène jouissive comme celle où il fait venir un célèbre critique de cinéma est, au delà de son aspect jubilatoire, une véritable preuve de l'identité du shériff. A travers ce Road Movie grandement constitué d'étapes capitales (deux en fait) que de voyages sur la route Zombie donne un peu d'humanité à ses personnages tous autant qu'ils soient et les rend crédibles. Certes ils sont des monstres, mais peuvent faire preuve d'humanité et même de naïveté (la scène où Baby et Captain demandent de s'arrêter pour prendre des glaces au Tutti-Fucking-Frutti est plus importante qu'elle en a l'air.)

Techniquement Zombie s'affranchit du style clippesque qui a pu lui faire défaut et adopte une réalisation plus sobre qui pose un vraie ambiance crépusculaire, servie par une B.O magistrale. L'homme a sa capacité à filmer des scènes d'actions autant que des passages plus calmes avec parfois grande maestria. Le casting lui est anthologique (à condition d'être un minimum cinéphile) : Sid Haig, Bill Moseley, William Forsythe, Ken Foree, Michael Berryman, Danny Trejo et bien d'autres encore. L'actrice Sheri Moon (la femme de Zombie), d'une grande beauté, écope d'un rôle principal anthologique. Le casting est à l'image du film : un vrai bonheur de cinéphiles, ce qui réduit un peu la portée du film (le spectateur moyen risque de ne pas aimer mais les vrais adoreront).

Pourtant, malgré ses qualités apparentes, The Devil's Rejects est loin d'être exempt de défauts. En prônant le plaisir immédiat Zombie néglige un peu d'autres éléments capitaux comme l'aspect Road Movie pas toujours présent. Certains personnages auraient gangé à être plus creusés (le personnage de Danny Trejo par exemple) et rendrait presque son film limité à un seul visionnage. Heureusement ce dernier est tellement jubilatoire qu'il se rattrape de justesse. Certaines intrigues ne sont pas assez développées (les Marx Brothers, Tiny le serviteur qui fera presque de la figuration malgré son action certes brève mais capitale). Les personnages auraient mérité d'avoir peut être un peu plus de scènes à eux mais ils sont déjà un minimum creusés. C'est d'ailleurs là le petit problème du film : il répond à nos attendes sans toujours les transcender. Mais autant dans le fond (immoral et jubilatoire) que dans la forme (très soignée) le film a tout pour obtenir la sympathie du cinéphile.

Rob Zombie a donc réussi un petit coup de maître avec The Devil's rejects. Pur film de fans jubilatoire et égal de bout en bout, le film deviendra sûrmement culte dans les années à venir pour tous les amateurs de cinéma de genre. Véritable bonheur filmique, The Devil's rejects est un divertissement d'une qualité immense qui a pour mérite de n'être pas calibré. Rob Zombie confirme qu'il peut être un très bon cinéaste même si le style parfois un peu tarantinesque peut dérouter. Un objet filmique qui fait plaisir dans le paysage actuel du cinéma de genre (le cinéma d'horreur n'ayant eu pour lui que La colline a des yeux) et qui divertit pleinement. Excellent de bout en bout.

Ma note : 8/10 Déjà culte !

# Posté le samedi 22 juillet 2006 05:32

LA COLLINE A DES YEUX

LA COLLINE A DES YEUX
Les remakes de grands classiques, surtout dans le domaine de l'horreur, sont de nos jours légion à Hollywood. Les plus grands survivals se retrouvent dépoussiérés et, petite fierté nationale, celui de La colline a des yeux, de Wes Craven, se retrouve confié au jeune et hyper talentueux Alexandre Aja, fils d'Alexandre Arcady ( mais si, l'un des seuls réalisateurs français contemporains potables ) qui a déjà signé Haute Tension, petite perle horrifique et historique, qui souffrait seulement de quelques contraintes scénaristiques imposées et d'un côté franchouillard peu accrocheur. Mais cette fois ci le compère se retrouve à Hollywood avec tout ce que cela implique : casting américain excellent, budget conséquent, équipe compétente bien rodée ( bien que notre Aja ait émigré avec son meilleur ami et scénariste attitré : Gregory Levasseur et son chef opérateur Maxime Alexandre ). Le jeune réalisateur qui a tout des plus grands ( il n'y a qu'à voir ses références : Kubrick, Leone ... ) se sert des outils formidables qui sont mis à sa disposition pour signer rien moins que le plus grand film d'horreur de tous les temps, ce que l'on peut affirmer en toute modestie. Peu sont les films qui dès leur sortie peuvent se vanter d'être des références ultime de leur genre, mais La colline a des yeux d'Alexandre Aja est de cette trempe. Chronique d'un aboutissement.

Pour fêter leur anniversaire de mariage, Big Bob Carter, un ancien policier de Cleveland, et sa femme Ethel ont demandé à leur famille de partir avec eux en Californie. Big Bob est sûr que faire la route tous ensemble les aidera à resserrer des liens familiaux un peu distendus.
Même si tout le monde vient, personne n'est vraiment ravi d'être là. Lynn, la fille aînée, s'inquiète du confort de son bébé. Son mari, Doug, redoute de passer trop de temps près de son beau-père. La jeune Brenda regrette de ne pas être allée faire la fête à Cancun avec ses amis. Et Bobby ne s'intéresse qu'aux deux chiens de la famille.
Une route désertique va conduire les Carter vers le pire des cauchemars...


De toutes les histoires horrifiques, qu'elles soient ou non inspirées de faits réels, il en est une qui peut se vanter de damer le pion à toute la concurrence : il s'agit de celle de La colline a des yeux. Malheureusement ( nous parlons là de l'original ), un tel potentiel fut mal porté à l'écran par faute de budget faible et de manque de talent de la part de Wes Craven ( jugement purement subjectif ). Sorti dans le contexte de l'émergence des pellicules horrifiques sans concessions des années 1970, l'original est rapidement devenu un classique du vidéo club. Mais quand on le revoit aujourd'hui, on se rend compte que malgré les excellentes idées ( histoire oblige ), Craven n'a pas réussi à rendre son récit intemporel comme il aurait été juste qu'il soit. Or c'est également là qu'Aja brille car malgré ses outils plus solides ( et je parle également de maîtrise formelle ), c'est en sacralisant cette histoire formidable qu'en étant objectif on ne peut qu'affirmer qu'il surpasse à un point impensable son modèle. Mais n'inversons pas la tendance, le modèle, c'est bel et bien le film d'Aja.

Revenons un peu sur l'histoire. Robert Carter, alias Big Bob Carter, policier à la retraite, part avec sa famille vers la Californie pour fêter ses nombreuses années de mariage. Sur le chemin, après s'être arrêtés dans une station service douteuse, ils ont un accident dans le désert qui les immobilise. Ils vont alors devenir la proie de dangereux cannibales, anciens mineurs victimes des retombées d'anciens essais nucléaires. A l'aube s'engagera une lutte pour la survie. Ce scénario initialement voulu par Craven peut enfin être adapté par Aja grâce aux moyens dont il dispose, ce qui enrichie considérablement l'histoire ( car même si l'idée de la sauvagerie primitive était intéressante dans le film original, elle n'était à aucun moment crédible ) et qui permet de développer une dimension critique inévitable ( et ce dès un premier générique anthologique qui met le spectateur mal à l'aise ). Aja, qui a très bien compris les règles du survival, sait qu'un film réussi du genre fait pénétrer le spectateur/victime dans un univers ( voir certains classiques du genre, comme Délivrance ou Massacre à la tronçonneuse, qui doivent beaucoup à cette règle immuable ) et rend donc très présent cet aspect. Sans prendre le spectateur par la main ( ce que faisait Craven, en adoptant la moitié du temps le point de vue des monstres ), il multiplie les éléments ( Introduction, générique, photos et articles dans la station service, village test et même le discours tenu par un des mutants ) qui nous font vraiment pénétrer sans ce cauchemar si crédible.

Si La colline a des yeux est la référence du film d'horreur ( et par extension du survival ), le film n'est à aucun moment celle du film fantastique ( genre dominé par l'insurpassable Shining ) et à aucun moment Aja ne joue sur la dualité des registres. Ici tout second degré est banni et un tel traitement ne peut faire que des merveilles. La violence atteint ici son paroxysme ( on se demande encore comment le film a-t-il pu passer si bien l'épreuve des studios et de la censure ) dans des scènes tout bonnement hallucinantes. La scène de la caravane est reprise mais devient encore plus insoutenable par sa violence jamais vue et son découpage exemplaire ( montré en parallèle avec l'exécution de Big Bob, les bruitages y sont également capitaux ). La barbarie est ici maximale et la mise en scène d'Aja ( nous y reviendrons ) ajoute à l'impact de cette scène. Mais la violence ne s'arrête pas là, comme en témoignera toute la seconde partie du film qui atteint un degré de violence époustouflant ( superbe séquence du village, chef d'œuvre à l'image du film.

Car Aja suit encore une fois une règle immuable du genre : la structure en deux parties distinctes. La première, l'arrivée dans le milieu hostile, est remarquablement traitée. Aja multiplie déjà les scènes de tension ( massacre en guise d'introduction, qui a pour but de faire rentrer directement le spectateur dans ce film sans concessions, générique qui met mal à l'aise mais aussi toute la première partie dans la station service vue par le pompiste puis l'arrivée de la famille ). Par sa mise en scène parfaite associée à une musique dosée au millimètre près, Aja distille une ambiance de terreur palpable et sourde. Puis l'arrivée dans le désert, qui poursuit dans cette voie avec les vues en plongée, les premières apparitions des monstres , la mort du chien Beauty etc... Le point déclencheur arrive après la mort de Bog Bob, il s'agit de la fameuse scène de la caravane. Eprouvante au possible, elle annonce la seconde partie du métrage, à savoir la lutte infernale. Le détour pris par rapport au scénario du film original se voit également dans la scène du village test, montrant Doug ( et le chien Beast ) allant chercher son bébé dans le village des mutants.

Aja et Levasseur ont vraiment eu une grande idée pour ce passage qui se démarque grandement de l'original ( qui mettait en scène une poursuite dans les collines assez risible ) pour donner lieu à un massacre hallucinant. La peur est quand même réellement présente et le massacre ne se déclenchera réellement qu'une fois Doug sorti du garde manger rempli de restes humains ( séquence très éprouvante qui place encore une fois le spectateur en position de victime ). On assiste alors à un déchaînement de violence paroxystique et ultra maîtrisée servie par un traitement épique ( une fois encore la musique a son importance ) jusqu'alors jamais vu et qui fait des merveilles. Une séquence qui fait définitivement passer Doug du statut de diplomate à celui de bête humaine. On reste bouche bée face à ce déchaînement de sauvagerie épique mise en scène par serait-on tenté de dire un génie.

En parallèle, idée reprise de l'original, on assiste au piège tendu par Brenda et Bobby à Jupiter, chef des fous. Le piège est ici bien plus crédible que dans l'original ( digne de Mc Gyver ) et la violence beaucoup plus présente ( Bobby voit le cadavre de sa mère se faire dévorer, on voit Brenda à bout achever Jupiter ). Idée reprise également de l'original, le bébé, pris par Ruby ( la seule mutante pacifique ), sera emmené dans les collines par cette dernière. Doug parviendra à le reprendre mais devra affronter Mars, dangeureux mutant qui a tué sa femme et sa belle mère dans la caravane. L'affrontement est violent et haletant et son issue tragique : Ruby se sacrifiera pour sauver Doug et le bébé, alors que dans l'original on se savait ce qu'il advenait d'elle ( à part dans la fin alternative où on la voyait en compagnie des survivants ).

Aja aime le film original pour ce qu'il représente : un film culte malgré ses défauts. Respectueux car amoureux du genre, il a donc réfléchi à la meilleure façon de transposer une histoire géniale qui n'avait jamais eu le traitement qu'elle méritait. Ainsi il ne prend à aucun moment le spectateur par la main pour le faire rentrer dans son univers ni pour développer sont discours critique. Alors que l'original se terminait sur un plan fondu au rouge de Doug, le visage déformée par la haine, la version d'Aja elle montre le héros ensanglanté retrouver les siens. Alors que le film de Craven appuyait sa démonstration ( car le film était d'ailleurs trop démonstratif ) en disant au spectateur : « regardez » ( chute qui sonnait d'ailleurs assez faux, la progression dans la barbarie n'étant jamais montrée, le héros basculant d'un coup dans la folie ) de façon lourde, Aja préfère laisser parler les images. On voir clairement la barbarie de Doug ( il suffit de voir la séquence du village ) mais à aucun moment Aja ne l'appuie subjectivement ni ne la condamne. L'histoire originale elle peut enfin se vanter d'avoir eu une adaptation à sa hauteur et le film d'Aja devient donc Le meilleur film d'horreur jamais vu ( je peux l'affirmer sans recul. Il suffit de voir qu'Orange Mecanique est devenu le film préféré de Buñuel quand celui ci vit apparaître le générique sur fond de Singin' in the rain, le feux se rallumant ) tant l'histoire géniale est servie par des qualités formelles, tant elle est rendue intemporelle.

Bien qu'on puisse rapprocher le film d'Aja de la vague horrifique des années 1970 pour son discours critique, ce dernier ne cède à aucun moment aux facilités du genre. Une image sale et de fausses frayeurs ne suffisant plus à faire peur au spectateur, Aja adopte une image léchée et magnifique ( photo divine ) et un traitement premier degré radical. Sa mise en scène fait des merveilles ( scènes dans la station service, utilisation des ombres, traitement épique, utilisation du cadre, photo, plans travaillés, mouvements de caméra justifiés, cadrages parfaits etc ... ). Sa maîtrise formelle s'exprime aussi bien dans les scènes calmes que dans les passages mouvementés et est totale. Le montage, signé Baxter ( qui a travaillé sur les films d'Arcady ), est un chef d'œuvre de découpage. La musique de Tomandandy remplit à merveille son rôle, que ce soit en passages stressants ou dans les partitions épiques.
Les acteurs, malmenés jusqu'au frontières du soutenable, font eux des merveilles : Aaron Stanford campe un Doug juste et parfait, Ted Levine un Big Bob crédible, Emily de Ravin une Brenda très juste ( actrice à suivre ) ou encore Dan Byrd un Bobby très vrai. Les monstres eux ne sont pas en manque, et les maquillages de Greg Nicotero sont sublimes ( les freaks sont donc ignobles et tellement vrais ! ) ainsi que les effets gore, qui contribuent grandement à la violence et qui sont très réalistes ( et très présents et poussés ).

Le discours critique lui est bel est bien de la partie. Aja dénonce d'une part les effets nucléaires et ce dès son générique. Cet état sera également dénoncé par un des mutants handicapés qui parlera à Doug ( et qui sera dévoré par le chien dans un Hors champ mémorable d'horreur qui doit beaucoup aux bruitages ). Un plan sublime appuiera cette dénonciation lorsque Doug, sera dans la décharge des monstres, sorte de cratère géant. La caméra s'éloigne en plongée pour donner lieu à un plan aérien qui dévoile plein d'autres cratères. La famille est elle aussi montrée avec justesse par un Aja ( et un Levasseur ) qui dépeint ses personnages de façon très juste et qui leur donne une vraie identité ce qui renforcera l'impact dramatique lors de la tragédie. Peinture sociale à la fois juste et intemporelle réussie dans une première partie non moins juste et mémorable.

On peut donc clairement affirmer qu'Hollywood profite à Aja, qui a signé avec La colline a des yeux rien moins que le meilleur film d'horreur jamais fait, qui risque même de plaire aux détracteurs du genre. Une œuvre maîtrisée de bout en bout, sans concessions ( une telle violence n'a encore jamais été vue et de façon aussi sérieuse et réaliste ) qui respecte le genre dont elle est sûrement le meilleur représentant. Une claque qu'on ressent rarement ( une fois par an ça serait trop ) et qui laisse des traces. Film peut être parfait en son genre, et ce en tous ses aspects, La colline a des yeux est un chef d'œuvre parti pour devenir un classique. N'arrivant pas à rendre au film l'hommage qu'il mérite, et ce même en usant du dithyrambe comme un forcené, j'encourage donc tous ceux qui me liront et qui ne l'auraient déjà fait d'aller voir La colline a des yeux, qui est LE film d'horreur. Mr Aja ( et toute votre équipe ), vous dire félicitations serait un fort euphémisme.

Ma note : 10/10 Dieu sait si j'ai vu des films d'horreur ( et des classiques du genre ), mais là ! A voir absolument !

# Posté le jeudi 13 juillet 2006 05:43