Dans ce nouvel opus de l'aventure Pirates des Caraïbes, le toujours aussi excentrique pirate Jack Sparrow est confronté subitement à son passé. Treize ans auparavant, Jack signait un pacte avec Davey Jones, le maître des sept mers, dont l'esprit maléfique n'a d'égal que son apparence tentaculaire. En échange de son âme, ce dernier lui promettait le commandement du mythique Black Pearl...
Aujourd'hui, Jones vient donc récupérer sa dette. Mais donner son âme à Jones est sans issue, il n'y a pas de rédemption possible, c'est devenir comme tous les membres de son équipage maudit, un fantôme au physique aussi repoussant que terrifiant. Pour éviter ce sort funeste auquel Jack ne tient pas vraiment, il n'a qu'une solution : retrouver le coffre maudit de Jones où sont cachés les âmes emprisonnées...
Le premier volet de ce qui au départ n'allait pas être une trilogie était franchement moyen. Reprenant légèrement les codes du film de pirates (genre très codifié) et les mixant avec une love story nunuche, du kitsch pas tout à fait assumé, des singeries de Johnny Depp qui ne faisaient rire personne, un Orlando Bloom tellement mis au statut d'icône que cela en devenait risible, une Keira Knightley pas encore au top de sa beauté, des références pas très bien digérées (le zombie-movie pour ne citer qu'elle) et d'autres scories qui alourdissaient l'entreprise de façon considérable. Au final en ressortait un film d'aventure bâtard certes divertissant mais assez vain malgré un background qui donnait envie au spectateur de se voir travaillé plus en profondeur et certaines bonnes idées. Heureux événement : pour la suite, Verbinski nous livre un vrai film d'aventure qui fait plaisir servi par une bonne histoire, un background superbe, des interprètes très bon, une maîtrise technique et formelle très bonne etc... Le genre de films que l'ont n'espérait pas voir et qui fait donc très plaisir même si c'est loin d'être parfait.
Dès le début du film on est pour ainsi dire rassuré, passé bien entendu un logo Disney de mauvaise augure. La musique de Hans Zimmer, alter ego musical de Bruckheimer est très belle et les images signées Gore Verbinski sublimes (voir la scène du mariage sous la pluie, nous rappelant son sublime Weather Man). Tout ce qui pouvait énerver dans le premier opus disparaît au profit de décors sublimes. L'imagerie pirate de base est présente revue et corrigée à une sauce plus personnelle et plus sombre. Oui on voit bien les corps dans des cages suspendues et oui, ils se font bel et bien dévorer par des corbeaux. Les torches brillent de mille feux, les costumes sont beaux, tout est pour ainsi dire épique. Le film démarre en fait très rapidement par une narration très maîtrisée. On est donc vite plongé dans le bain ce qui peut être un défaut, les deux heures et demie de métrage passant quand même très vite. Le spectateur lambda lui est content de retrouver les figures du premier opus (beaucoup plus adultes cette fois ci) et bizarrement, le cinéphile aussi (la présence de Jonhattan Pryce contribue à cette satisfaction mais ne peut être considérée comme son seul moteur.) C'est donc parti pour deux heures trente d'aventure, de fantastique, de frissons (légers mais plus présents que dans le premier épisode) qui font plaisir à l'amateur des King Kong et autres aventures d'Indy dans le parc aux dinosaures, bien qu'avec le présent film on n'atteigne pas non plus l'excellence des titres précédemment cités.
Les créateurs de la franchise ont donc opté pour l' « ocean opera » en lorgnant du côté d'un Stars Wars ou d'un seigneur des anneaux. Cela implique donc un background soigné (c'est le cas ici), une thématique profonde (ici profond, profond n'est pas l'adjectif proprement approprié malgé quelques efforts), des personnages charismatiques et profonds (à son échelle cette opus rattrape les lacunes du précédent épisode) et bien d'autres choses qui nous font aduler les œuvres précédemment citées. C'est d'ailleurs l'un des principaux défauts de cette suite : l'envie de « rattraper le temps perdu » ce qui entraîne parfois une narration succincte (ici c'est précisément le cas au début du métrage) et des oublis (heureusement pas trop présents). Mais elle se rattrape à bien d'autres égards. La grande équipe semble enfin avoir compris l'esprit du serial et du film d'aventure(s) et pour de bon ça marche. Tous les ingrédients sont au rendez vous : cannibales, fantastique, exotisme, rixes bien chorégraphiées, mythes revisités à la façon « light » (mais c'est efficace), enjeux clairs, protagonistes bien traités, multitude de lieux visités, rebondissements pas trop mauvais (le cliffhanger final a le mérite de donner envie au spectateur de voir la suite) et j'en passe. Et là on est véritablement servi, au point qu'on frôle parfois l'overdose et que certains éléments soient trop vite traités (les cannibales pour ne citer qu'eux qui manquent cruellement de profondeur malgré leur design superbe).
Mais peut être l'un des raisons de cette mise en images de tous ces fantasmes provient du quasi plagiat de la trilogie des étoiles. Trio amoureux, antihéros amoureux de son vaisseau, relation père-fils, notion du bien et du mal, personnification du mal (ici la compagnie des indes, qui fait furieusement penser à l'empire galactique), aventures, moments tragiques. Certains passages du présent films paraissant carrément copiés de Star Wars : difficile de ne pas penser à C6PO commandant les ewoks dans le retour du Jedi (avec bûcher pour faire brûler le héros à l'appui et la cage où est enfermé Will avec l'équipage) ou encore le design du Kraken, qui évoque furieusement Sarlak du même film précédemment cité. La poursuite de Jack par les cannibales elle évoque les aventuriers de l'arche perdue où Indy se retrouve coursé par des autochtones belliqueux. Heureusement les scénaristes parviennent à se démarquer en proposant leur propre univers, cohérent et profond (ce qui est assez rare dans les récents blockbusters ambitieux comme les chroniques de Riddick, pour ne citer que lui).
Les interprètes eux sont merveilleux et pour s'en convaincre il suffite de voir le trio principal. Johnny Depp a cessé son jeu de singe ivre, cabotin et androgyne pour une composition infiniment plus ambiguë et juste. L'humour est là, mais différent (voir la très bonne scène de la bagarre dans le bar de Tortuga, excellente). Orlando Bloom quitte son statut de héros niai qui plaît aux gamines pour celui de héros torturé et pourtant déterminé. Keira Knightley, peut servie par le premier volet, se rattrape ici en mettant en avant son extraordinaire beauté et son sens du jeun hors pair. Elle campe une Elizabeth devenue forte mais qui n'est pas pour autant sûre de tous ses actes. Fini les clichés des deux amoureux mielleux et du capitaine rigolo et bourru : il s'agit ici d'un trio amoureux au sens le plus simple du terme. Formellement c'est une sacré réussite, bien qu'on ne peut tout mettre sur le crédit de Gore Verbinski (qui nous avait impressionné avec The Weather Man, mélodrame non conventionnel et tout bonnement sublime de bout en bout). Le design est fabuleux et l'univers créé prend enfin vie et transporte en nous une vraie magie, aidé par les effets spéciaux d'ILM (ce qui en soit est une finalité). La musique de Hans Zimmer trouve enfin sa place. Elle sonne tout de suite mieux quand il s'agit de donner un sens épique à des scènes qui en sont déjà très chargées que quand elle accompagne les épopées patriotiques et écervelées de Bruckheimer. Le montage s'avère excellent. Pour ses scènes musclées, le film adopte un découpage qui énonce les diverses actions (plusieurs scènes se déroulent à la fois) en les faisant se croiser et se re-croiser dans un jeu de montage brillant rappelant Peter Jackson.
Malheureusement, serait-on tenté de dire, le film est loin d'être exempt de défauts. La faute notamment à un humour souvent de mauvais goût et anéantissant souvent des scènes à fort potentiel (le cannibale armé de sa fourchette et de son couteau ainsi que le jeu des brochettes de Jack sont à titre d'exemple tout bonnement insupportables !). La thématique elle n'est pas toujours explorée à son maximum, par exemple pour Davy Jones, méchant tragique (et charismatique), relecture légère du mythe du hollandais volant (nom donné à son navire en guise d'hommage) mais qui est réellement à prendre au sérieux. Le vaudou lui non plus n'est pas exploré à son maximum, même si le cas contraire aurait peut être alourdi le film. Les relations entre les personnages sont approfondies même si on aurait aimé en voir et en savoir plus (Elisabeth aurait gagnée à être traitée avec encore plus de profondeur pour saisir toute la puissance du personnage.). Et puis il y a la narration au début succincte. La façon dont Will retrouve Jack chez les cannibales est narrée en 5 plans assez incohérents (c'est très facile) et le passage dans l'île de ce peuple manque quelque peu de profondeur, même s'il est tout bonnement jouissif. L'abandon de Will est aussi relativement bâclé malgré les efforts des scénaristes pour renforcer ce passage.
Pirates des Caraïbes second du nom est donc sûrement l'un des meilleurs blockbusters estivaux vu depuis longtemps (bien sûr si l'on considère que le chef d'œuvre Miami Vice n'est pas une Blockbuster au sens classique du terme). Une trilogie mal commencée mais étonnement superbement poursuivie (alors qu'il aurait suffi à l'équipe de nous refaire le coup du premier épisode pour engendrer des recettes colossales). Certes on n'atteint pas encore l'ampleur d'un Star Wars mais franchement c'est excellent. Tout ce qui fait un bon film d'aventure est là et bien plus encore ce qui nous fait vraiment passer un bon moment. Il serait long d'énoncer les qualités de ce Pirates des Caraïbes mais le mieux reste de le voir pour se faire une idée (curieusement, ceux qui avaient été surpris par le premier opus on été déçus par celui-ci et vice-versa). Pour résumer je dirais une belle épopée doublée d'un film d'aventure certes conventionnel (on pourrait cocher les cases du cahier des charges en cours de projection) mais terriblement charmant, ce qui implique des personnages assez profonds pour être aimés, un univers profond et accrocheur et une histoire bien écrite. Et ça marche !
Une chose est sûre : le film m'a réconcilié avec sa franchise au départ inglorieuse. Un très bon serial d'aventures profont et divertissant, un divertissement à l'ancinne qui fait plaisir. La suite s'annonce très bonne si l'on en crois la fin du film (qui fait penser à la trilogie des étoiles encore une fois.). Mission accomplie pour l'équipe qui, même si elle n'a pas su conquérir les cœurs de tous les cinéphiles, a su conquérir le mien et je l'en remercie. Cela faisait longtemps que Disney n'avait pas produit du rêve, et cela a été fait dans un cadre autre que celui du simple film pour beaufs et mômes peu regardants. Continuez comme ça !
Ma note : 7/10 Une excellente surprise au sens littéral du terme dans le sens où je n'en attendais presque rien.




