Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.
Jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement.
Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à coeur.
Mel Gibson est un homme sans peur. Prenons pour illustrer cette affirmation l'exemple de sa Passion du Christ. Quel homme aurait été assez fou pour risquer 30 millions de dollars dans un film sur les dernières heures du christ (ou : le sujet qui risque de déclencher le plus de polémiques à travers le monde), ultra violent et viscéral (et en même temps très symbolique) et tourné en Hébreux, Araméen et Latin ? Et bien Mel Gibson justement qui en risquant ses fonds en auto-produisant son film risqué. Résultats : 600 millions de dollars de recettes sur le point financier mais aussi un énorme chef d'½uvre, assez incompris (et qui continue d'être défendu) qui mériterait que l'on s'attarde énormément dessus, ce que je ferai dans une prochaine critique. Alors à l'annonce de son nouveau projet, on n'en pouvait plus d'attendre et il y avait de quoi. Selon ses ambition, Mel Gibson voulait retourner aux sources du film d'aventure (qu'il juge trop renié ou pris en otage par le numérique) et livrer ses propres thématiques dans un contexte de chute de la civilisation Maya. Et la promesse est tenue et dépasse même de loin nos espérances.
Première approche : Apocalypto est entièrement tourné en Yucatèque (dialecte Maya) avec un casting d'inconnus, par la dernière HD de Panavision (la « Genesis »), dans des décors naturels. A partir de là deux réactions : ses détracteurs hurleront encore une fois le mot prétention (en essayant de nous convaincre que la HD, c'est pas beau, que les inconnus savent pas jouer voir même qu'on s'en fout des décors naturels. C'est là qu'on peux parler objectivement de mauvaise foi) et les autres découvriront un film osé (rien que par ses composantes et sa violence, Apocalypto est un film courageux) et magnifique. La critique a souvent dit que le film était plus puissant dans sa forme que dans son fond. Pourtant, toutes les obsessions du réalisateur semblent s'être donné rendez-vous dans Apocalypto, et nous allons essayer dans un premier temps de les déchiffrer.
« Une civilisation ne peut être conquise de l'extérieur que si elle est détruite de l'intérieur ». Cette citation ouvre le film, comme une mise en exergue générale. Car ce qui a causé la première polémique, c'est la thèse même de Gibson, à savoir que les Mayas ont été par leur décadence et leurs maux responsables de leur propre chute. Cela implique entre autres une dénonciation des sacrifices humains. Alors d'aucuns diront que les mayas et leur culture obéissaient à des valeurs étrangères à celles de nos sociétés et qu'ainsi nous ne pouvons les comprendre. Ceux là n'ont plus qu'à regarder le film en sautant la plupart des passages dont celui, central, dans la cité Maya. De prime abord, l'élite religieuse est présentée comme une entité qui manipule le peuple, aveugle. Lors de l'éclipse, on voit les regards s'échanger, le prêtre ne sait que dire et tente de continuer de capter la foule en improvisant. Les champs ne sont pas assez exploitables et ainsi les sacrifices sont jugés nécessaires. Une idée qui sera reprise plus tard lorsque le héros, patte de jaguar, après avoir traversé une champ de maïs, traversa un champ stérile où le sol est jonché de cadavres des sacrifiés. Au final : image d'une religion manipulatrice et trompeuse qui sacrifient pour, serait-on tenté de rire, rien.
Gibson nous invite également à comprendre par nos propres moyens ce qui a causé la chute de cette civilisation. L'arrivée, spectaculaire (enfin du budget utilisé à son maximum dans un film d'aventure) dans la citée maya est à titre d'exemple révélatrice. On y voit la déforestation massive, l'inégalité sociale constante, la décadence (Gibson n'amènerait-il pas une comparaison avec Sodome ou Gomorrhe ?). L'arrivée est précédée par un passage dans un camp de la mort. Une allusion directe aux camps nazi qui déclencha également la polémique mais qui est révélatrice. La nature de l'homme est toujours monstrueuse à travers les âges, les hommes semblent se ressembler. L'humanisme de Gibson est accompagné forcément, à l'inverse d'un Malick, du pessimisme le plus noir. Les pistes de lecture pour montrer la perte de cette civilisation sont nombreuses et pour cela il convient de voir le film. Sa thèse ne se fait pas lourdement mais par l'image, comme ce magnifique plan ou sur le côté de la pyramide les futurs sacrifiés, en pleine ascension, voient une tête rouler sur les marches centrales.
Mel Gibson est un cinéaste très attaché à la symbolique. Très présente dans la passion du Christ, elle est à nouveau présente dans Apocalypto. Le réalisateur reprend l'image d'Épinal du bébé monstrueux, annonciateur de la laideur des générations à venir, qu'il avait créé dans la passion du Christ où l'ont voyait le diable, pendant la flagellation de Jésus (et toute la cruauté humaine présente dans la scène), tenir un monstrueux rejeton et contempler la scène. Ici c'est au détour d'un plan, dans le peuple acclamant les sacrifices, que l'on distingue l'horrible bébé tout excité. Une image évocatrice. La prophétie est également très présente dans Apocalypto. Faite par une jeune fille atteinte d'une maladie horrible (et rejetée par les hommes, elle a ici un visage de prophète martyr d'un mal amenant la putréfaction), elle dit aux hommes de s'inquiéter car quand les jours se feront sombres, l'homme jaguar émergera de la boue et apportera aux hommes sa colère. Ce qui peut paraître pour de la divagation se retrouve après dans le film avec l'éclipse qui annonce la prophétie. Plus tard, Patte de Jaguar sortira de la boue et un plan finira d'achever l'analogie où, noir comme un jaguar il rampe à 4 pattes face à la caméra, l'air déterminé. Le tournant de l'homme vers l'animal est ici imagé dans la dernière partie lorgnant vers le survival épique et barbare.
En effet, la dernière partie, très rythmée, est en quelque sorte une concentration de suspens, du survival le plus brute (car naturel) et du film d'aventure. Patte de Jaguar, poursuivi par des guerriers, fuit dans la forêt. C'est alors un déchaînement épique de violence mais aussi de thématique. La maîtrise formelle de Gibson n'est plus à prouver. Le héros fait corps avec la nature (il se sert des éléments naturels : poison de grenouille, arbres etc...) pour tuer ses poursuivants. Une chasse à l'homme où l'homme est montré dans son statut d'animal, où l'homme est un loup pour l'homme. Les premiers plans du film montrent un tapyr pris dans un piège. A la fin du film, le chef des guerriers mayas se prend dans le même piège. Une analogie au sens évident. Gibson livre d'ailleurs dans cette dernière partie l'essence du genre survival. La perte et la déchéance de fin sont personnifiées par l'arrivée des colons espagnols, qui viennent « conquérir une civilisation détruite de l'intérieur » comme le montre le corps endolori de Patte de Jaguar. Le héros retourner sauver sa famille pendant que les guerriers vont vers les nouveaux hommes, comme pour montrer une civilisation qui court à sa perte.
Techniquement, c'est une claque monumentale. La HD fait des merveilles et sublime le travail fourni sur les maquillages, les costumes, les décors, les effets spéciaux. On croirait voir des vrais mayas, une vraie citée. La jungle est à la fois réaliste, belle et dangereuse. Un rappel d'une des composantes les plus importantes du film d'aventure et du film historique : la reconstitution. C'est simple, on n'avait pas vu pareil travail d'immersion depuis la trilogie du seigneur des anneaux, à l'inverse que le film de Gibson n'utilise jamais (ou alors en cherchant en image par image) le numérique. Je ne cherche pas à confronter les deux films tant ils sont radicalement différents à tous niveaux (et tant la trilogie de Jackson confine au divin), mais c'est l'exemple qu'encore aujourd'hui on peut faire des films plus qu'impressionnants (visuellement, Apocalypto enterre la plupart de la grosse production actuelle) sans avoir forcément recours aux effets numériques. Surtout que le budget du film ne s'élève qu'à 40 millions de dollars, alors qu'au final il semble en avoir coûté plus. Il prouve également qu'un paris risqué peut s'avérer plus que rentable (le film a bien marché et marche bien encore) s'il innove et est généreux avec son public et Gibson, lui, ne manque pas de générosité. Casting inconnu certes mais génial, les acteurs renforcent l'immersion, tous géniaux (en plus, ils durent apprendre le Yucathèque et jouer avec de tels costumes et des fausses dents, c'est un gros paris surtout pour des quasi-amateurs. Pour l'apprentissage de la langue Gibson distribua des lecteurs Mp3 sur le plateau), en particulier Rudy Youngblood, patte de Jaguar, qui porte littéralement le film sur ses épaules. Un espoir à suivre. La musique de James Horner fait également des merveilles, le grand compositeur sortant enfin de sa torpeur des dernières années (exemple : son score semi mou et insipide dans Troie) pour livrer une superbe partition parfois épique parfois très tribale (pour la poursuite dans la forêt.)
Il serait donc long de disserter sur Apocalypto, film indispensable. Mel Gibson corrige la plupart de ses défauts (les ralentis sont plus rares et parasitent moins le films, les seuls présents étant justifiés) et s'affranchis encore une fois de toutes les contraintes pour livrer une ½uvre complète, viscérale et sans compromis. En mettant toujours l'émotion sur le même pied que la grandeur (ce qui a fait la force de Brave Heart et de la passion du Christ), il livre avec Apocalypto un sommet de thématique, doublé d'un sommet d'un film historique, du survial (violent, gore, épique, barbare) et du film d'aventure (du jamais vu également sur ce plan !). Un chef d'½uvre sur lequel il serait long de disserter et qui se doit d'être vu tant il le mérite. La marque d'un auteur sans compromis et généreux avec un public tant simple spectateur que cinéphile. Il donne également espoir, montrant qu'on peut encore réaliser des films bruts et grands. La violence est très présente également et Gibson ne triche pas avec elle en la montrant frontalement sans jamais la sublimer (même si elle est plus présente et diversifiée que dans la passion du christ, elle reste moins choquante que dans son précédent opus). Un message riche et réaliste accompagne ce film si universel. Bref vous l'aurez compris, l'homme vient de réaliser rien moins que son meilleur film, ce qui est quand même assez fort (Brave Heart et la passion du Christ étant déjà des chefs d'½uvres). Un vrai chef d'½uvre indispensable.
Ma note : 10/10 Apocalypto ou le sommet du film d'aventure, du survival, du film historique. Aporcalypto ou le sommet de Mel Gibson.




