APOCALYPTO

APOCALYPTO
Les cinéphiles du monde entier sont heureux qu'il existe encore sur terre cette espèce si rare de cinéastes sans compromis et prêt à tout. Houra ! Mel Gibson est passé du statut d'excellent acteur à celui de cinéaste émérite et polémique. Après un petit film sans conséquences (l'homme sans visage), un premier chef d'½uvre historique (Brave Heart) mais marqué par quelques impuretés, un autre chef d'½uvre encore plus abouti et qui fut l'un des films les plus polémiques au monde (La passion du Christ, nous y reviendrons en détail) mais où l'on relevait encore quelques défauts (sur lesquels nous reviendrons également), c'est tout naturellement qu'il poursuit sa dolente ascension vers le nirvana cinématographique qu'il frôle d'extrêmement près avec Apocalypto, son dernier film. Une sorte de film somme où se retrouvent les obsessions de ce cinéaste hors pair par le biais du cinéma de genre. Chef d'½uvre.

Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.
Jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement.
Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à coeur.


Mel Gibson est un homme sans peur. Prenons pour illustrer cette affirmation l'exemple de sa Passion du Christ. Quel homme aurait été assez fou pour risquer 30 millions de dollars dans un film sur les dernières heures du christ (ou : le sujet qui risque de déclencher le plus de polémiques à travers le monde), ultra violent et viscéral (et en même temps très symbolique) et tourné en Hébreux, Araméen et Latin ? Et bien Mel Gibson justement qui en risquant ses fonds en auto-produisant son film risqué. Résultats : 600 millions de dollars de recettes sur le point financier mais aussi un énorme chef d'½uvre, assez incompris (et qui continue d'être défendu) qui mériterait que l'on s'attarde énormément dessus, ce que je ferai dans une prochaine critique. Alors à l'annonce de son nouveau projet, on n'en pouvait plus d'attendre et il y avait de quoi. Selon ses ambition, Mel Gibson voulait retourner aux sources du film d'aventure (qu'il juge trop renié ou pris en otage par le numérique) et livrer ses propres thématiques dans un contexte de chute de la civilisation Maya. Et la promesse est tenue et dépasse même de loin nos espérances.

Première approche : Apocalypto est entièrement tourné en Yucatèque (dialecte Maya) avec un casting d'inconnus, par la dernière HD de Panavision (la « Genesis »), dans des décors naturels. A partir de là deux réactions : ses détracteurs hurleront encore une fois le mot prétention (en essayant de nous convaincre que la HD, c'est pas beau, que les inconnus savent pas jouer voir même qu'on s'en fout des décors naturels. C'est là qu'on peux parler objectivement de mauvaise foi) et les autres découvriront un film osé (rien que par ses composantes et sa violence, Apocalypto est un film courageux) et magnifique. La critique a souvent dit que le film était plus puissant dans sa forme que dans son fond. Pourtant, toutes les obsessions du réalisateur semblent s'être donné rendez-vous dans Apocalypto, et nous allons essayer dans un premier temps de les déchiffrer.

« Une civilisation ne peut être conquise de l'extérieur que si elle est détruite de l'intérieur ». Cette citation ouvre le film, comme une mise en exergue générale. Car ce qui a causé la première polémique, c'est la thèse même de Gibson, à savoir que les Mayas ont été par leur décadence et leurs maux responsables de leur propre chute. Cela implique entre autres une dénonciation des sacrifices humains. Alors d'aucuns diront que les mayas et leur culture obéissaient à des valeurs étrangères à celles de nos sociétés et qu'ainsi nous ne pouvons les comprendre. Ceux là n'ont plus qu'à regarder le film en sautant la plupart des passages dont celui, central, dans la cité Maya. De prime abord, l'élite religieuse est présentée comme une entité qui manipule le peuple, aveugle. Lors de l'éclipse, on voit les regards s'échanger, le prêtre ne sait que dire et tente de continuer de capter la foule en improvisant. Les champs ne sont pas assez exploitables et ainsi les sacrifices sont jugés nécessaires. Une idée qui sera reprise plus tard lorsque le héros, patte de jaguar, après avoir traversé une champ de maïs, traversa un champ stérile où le sol est jonché de cadavres des sacrifiés. Au final : image d'une religion manipulatrice et trompeuse qui sacrifient pour, serait-on tenté de rire, rien.

Gibson nous invite également à comprendre par nos propres moyens ce qui a causé la chute de cette civilisation. L'arrivée, spectaculaire (enfin du budget utilisé à son maximum dans un film d'aventure) dans la citée maya est à titre d'exemple révélatrice. On y voit la déforestation massive, l'inégalité sociale constante, la décadence (Gibson n'amènerait-il pas une comparaison avec Sodome ou Gomorrhe ?). L'arrivée est précédée par un passage dans un camp de la mort. Une allusion directe aux camps nazi qui déclencha également la polémique mais qui est révélatrice. La nature de l'homme est toujours monstrueuse à travers les âges, les hommes semblent se ressembler. L'humanisme de Gibson est accompagné forcément, à l'inverse d'un Malick, du pessimisme le plus noir. Les pistes de lecture pour montrer la perte de cette civilisation sont nombreuses et pour cela il convient de voir le film. Sa thèse ne se fait pas lourdement mais par l'image, comme ce magnifique plan ou sur le côté de la pyramide les futurs sacrifiés, en pleine ascension, voient une tête rouler sur les marches centrales.

Mel Gibson est un cinéaste très attaché à la symbolique. Très présente dans la passion du Christ, elle est à nouveau présente dans Apocalypto. Le réalisateur reprend l'image d'Épinal du bébé monstrueux, annonciateur de la laideur des générations à venir, qu'il avait créé dans la passion du Christ où l'ont voyait le diable, pendant la flagellation de Jésus (et toute la cruauté humaine présente dans la scène), tenir un monstrueux rejeton et contempler la scène. Ici c'est au détour d'un plan, dans le peuple acclamant les sacrifices, que l'on distingue l'horrible bébé tout excité. Une image évocatrice. La prophétie est également très présente dans Apocalypto. Faite par une jeune fille atteinte d'une maladie horrible (et rejetée par les hommes, elle a ici un visage de prophète martyr d'un mal amenant la putréfaction), elle dit aux hommes de s'inquiéter car quand les jours se feront sombres, l'homme jaguar émergera de la boue et apportera aux hommes sa colère. Ce qui peut paraître pour de la divagation se retrouve après dans le film avec l'éclipse qui annonce la prophétie. Plus tard, Patte de Jaguar sortira de la boue et un plan finira d'achever l'analogie où, noir comme un jaguar il rampe à 4 pattes face à la caméra, l'air déterminé. Le tournant de l'homme vers l'animal est ici imagé dans la dernière partie lorgnant vers le survival épique et barbare.

En effet, la dernière partie, très rythmée, est en quelque sorte une concentration de suspens, du survival le plus brute (car naturel) et du film d'aventure. Patte de Jaguar, poursuivi par des guerriers, fuit dans la forêt. C'est alors un déchaînement épique de violence mais aussi de thématique. La maîtrise formelle de Gibson n'est plus à prouver. Le héros fait corps avec la nature (il se sert des éléments naturels : poison de grenouille, arbres etc...) pour tuer ses poursuivants. Une chasse à l'homme où l'homme est montré dans son statut d'animal, où l'homme est un loup pour l'homme. Les premiers plans du film montrent un tapyr pris dans un piège. A la fin du film, le chef des guerriers mayas se prend dans le même piège. Une analogie au sens évident. Gibson livre d'ailleurs dans cette dernière partie l'essence du genre survival. La perte et la déchéance de fin sont personnifiées par l'arrivée des colons espagnols, qui viennent « conquérir une civilisation détruite de l'intérieur » comme le montre le corps endolori de Patte de Jaguar. Le héros retourner sauver sa famille pendant que les guerriers vont vers les nouveaux hommes, comme pour montrer une civilisation qui court à sa perte.

Techniquement, c'est une claque monumentale. La HD fait des merveilles et sublime le travail fourni sur les maquillages, les costumes, les décors, les effets spéciaux. On croirait voir des vrais mayas, une vraie citée. La jungle est à la fois réaliste, belle et dangereuse. Un rappel d'une des composantes les plus importantes du film d'aventure et du film historique : la reconstitution. C'est simple, on n'avait pas vu pareil travail d'immersion depuis la trilogie du seigneur des anneaux, à l'inverse que le film de Gibson n'utilise jamais (ou alors en cherchant en image par image) le numérique. Je ne cherche pas à confronter les deux films tant ils sont radicalement différents à tous niveaux (et tant la trilogie de Jackson confine au divin), mais c'est l'exemple qu'encore aujourd'hui on peut faire des films plus qu'impressionnants (visuellement, Apocalypto enterre la plupart de la grosse production actuelle) sans avoir forcément recours aux effets numériques. Surtout que le budget du film ne s'élève qu'à 40 millions de dollars, alors qu'au final il semble en avoir coûté plus. Il prouve également qu'un paris risqué peut s'avérer plus que rentable (le film a bien marché et marche bien encore) s'il innove et est généreux avec son public et Gibson, lui, ne manque pas de générosité. Casting inconnu certes mais génial, les acteurs renforcent l'immersion, tous géniaux (en plus, ils durent apprendre le Yucathèque et jouer avec de tels costumes et des fausses dents, c'est un gros paris surtout pour des quasi-amateurs. Pour l'apprentissage de la langue Gibson distribua des lecteurs Mp3 sur le plateau), en particulier Rudy Youngblood, patte de Jaguar, qui porte littéralement le film sur ses épaules. Un espoir à suivre. La musique de James Horner fait également des merveilles, le grand compositeur sortant enfin de sa torpeur des dernières années (exemple : son score semi mou et insipide dans Troie) pour livrer une superbe partition parfois épique parfois très tribale (pour la poursuite dans la forêt.)

Il serait donc long de disserter sur Apocalypto, film indispensable. Mel Gibson corrige la plupart de ses défauts (les ralentis sont plus rares et parasitent moins le films, les seuls présents étant justifiés) et s'affranchis encore une fois de toutes les contraintes pour livrer une ½uvre complète, viscérale et sans compromis. En mettant toujours l'émotion sur le même pied que la grandeur (ce qui a fait la force de Brave Heart et de la passion du Christ), il livre avec Apocalypto un sommet de thématique, doublé d'un sommet d'un film historique, du survial (violent, gore, épique, barbare) et du film d'aventure (du jamais vu également sur ce plan !). Un chef d'½uvre sur lequel il serait long de disserter et qui se doit d'être vu tant il le mérite. La marque d'un auteur sans compromis et généreux avec un public tant simple spectateur que cinéphile. Il donne également espoir, montrant qu'on peut encore réaliser des films bruts et grands. La violence est très présente également et Gibson ne triche pas avec elle en la montrant frontalement sans jamais la sublimer (même si elle est plus présente et diversifiée que dans la passion du christ, elle reste moins choquante que dans son précédent opus). Un message riche et réaliste accompagne ce film si universel. Bref vous l'aurez compris, l'homme vient de réaliser rien moins que son meilleur film, ce qui est quand même assez fort (Brave Heart et la passion du Christ étant déjà des chefs d'½uvres). Un vrai chef d'½uvre indispensable.

Ma note : 10/10 Apocalypto ou le sommet du film d'aventure, du survival, du film historique. Aporcalypto ou le sommet de Mel Gibson.
# Posté le dimanche 21 janvier 2007 06:54

DOMINO

DOMINO
Tony Scott est avant tout un formaliste. Il l'a prouvé tout au long de sa carrière en alternant publicités officielles (Top Gun) voir officieuses (USS Alabama) et films plus personnels (Les prédateurs, Spy Game, Man on fire) qui eux possédaient aussi un fond. Dans domino il retrace le parcours pas toujours vrai de Domino Harvey. Domino fut en général descendu par la critique et c'est vrai qu'en prônant le plaisir immédiat et en expérimentant les partis pris visuels à leur maximum, Scott n'essaye pas de caresser le cinéphile bien pensant et fermé dans le sens du poil. Mais en s'y penchant un peu, on y voit un objet éminemment cool, décomplexé et intelligent doublé d'un exercice de style visuel ahurissant. Bref, du petit culte sur pellicule qui mérite tout notre intérêt.

Jeune mannequin célèbre issu d'une famille en vue, Domino Harvey décide de tout quitter pour devenir chasseuse de primes. Fuyant les défilés et les mondanités, elle se jette dans l'univers de la traque et du danger...

Serait-il possible de classer Domino dans une catégorie précise ? Mélange de Tarantino (dialogues, citations) et de Stone période Tueurs nés et U-Turn ? Se serait bien simple. Le script signé par Richard Kelly (Donnie Darko et Southland Tales, que l'on attend de pied ferme) s'avère en fait bien plus profond que ne le laisse transparaître son aspect décomplexé. Car si Domino est bel et bien un film décomplexé, la complexité peut se retrouver au niveau de certaines thématique (un grand fuck à Hollywood ou encore le fait de faire du chauffeur un afghan) ou encore des enjeux dramatiques et humains. Le personnage de Domino, central, est bâti dans une introduction très riche. Car sous les effets cuts, la musique géniale et le style de narration (voix off de Domino qui raconte les évènements avec sa subjectivité donc forcément c'est personnel et divertissant), les 20 caméras de Scott scrutent la jeunesse d'une fille coincée entre le manque parental et une éducation trop stricte pour elle. Scott est assez malin pour ne pas le faire avec un sérieux qui manquerait de cohérence avec la suite du métrage et qui sonnerait faux. Ainsi le ton cool mêlé aux claques visuelles fait des merveilles. Exemple typique : Lors du bisutage, Keira Knightley se fait insulter sur son physique. Elle demande à son agresseur (une bonne barbie décérébrée) si elle s'est déjà fait refaire le nez avant de lui exploser à coups de poings. La scène doit durer une vingtaine de secondes, comporte une dizaine de plans minimum et est bercée par une musique rock très speed. Une belle démonstration du ton affiché par un Scott qui avant tout chercher à faire plaisir à son publique et qui atteint son but avec Brio.

L'intrigue se révèlera assez complexe avec de nombreux tenants et aboutissants (mais les autres passages narratifs qui précèdent la grande intrigue prennent une grand partie du film et son vraiment excellents, de quoi se motiver pour la suite de l'action tout aussi passionnante), avec des bases de Thriller (au passage petit clin d'½il rigolo à Point Break). Loin de la complexité d'un Spy Game cependant. Au passage Kelly, au script, s'amuse comme un fou. Il s'amuse à détruire radicalement les sitcoms américains et la télé réalité (avec le personnage de Christipher Walken, peu présent mais très bon) tout en mettant en avant ses héros, assez glamour, qui vivent en liberté à 100 à l'heure et qui sont bien supérieurs aux autres personnages, comme les acteurs de la série Beverly Hills qui jouent leur propre rôle. C'est là que Scott fait fort, en usant du romantisme, en dégageant un vrai charisme de personnages pourtant ambigus comme Choco qui est limite psychopathe ou Ed (Mickey Rourke, magnifique) qui est avant tout un perdant. Il fait valoir un souffle de liberté chez ces chasseurs de primes, le même souffle qui pousse Domino qui refuse la vie rangée et aime l'aventure.

Visuellement, le film pourrait faire passer Tueur Nés pour un long plan séquence. Scott expérimente tout et livre un trip jamais vu. Chaque passage est montré sous des angles changeants en permanence avec force de zooms, de filtres, d'effets de focale, de travellings ultra rapides, ralentis ou accélérés, distendus, travaillés. Il est presque impossible de décrire la folie visuelle qui traverse Domino (il est d'ailleurs plus simplement impossible de parler correctement de Domino tant c'est un film à voir, dans tous les sens de l'expression.) C'est du jamais vu sur écran et là aussi le spectateur peut être soit captivé soit dégoûté. Moi je fus conquis par cette expérimentation incessante, cette recherche et au final ce résultat ahurissant. La B.O est signé par un Harry Gregson Williams dont les thèmes orchestraux sont en fait très rares. Car on a avant tout affaire à une véritable machine à tubes, parfois récents parfois rétro. Gros point fort du film : les acteurs et surtout Keira Knightley, qui porte le film et qui est tout simplement hallucinante. Elle signe ici la quintessence de l'héroïne sexy mais libre et forte (parfois masculine dans ses attitudes). D'une beauté renversante et d'un charme fou, elle compose une Domino sublime et sa prestation mériterait des prix. Rarement tel présence n'aura été vue, surtout pour une actrice qui ne joue pas toujours de cette façon, la faute aussi aux rôles (Pirates des Caraïbes par exemple ou comment un rôle peut brider le talent et le charme d'une actrice au profit des cabotinages du non moins excellent Johnny Depp). A ses côtés le grand Mickey Rourke qui campe un loser charismatique. Il se sert encore une fois de son vécu pour composer une gueule cassée au grand c½ur et à la personnalité riche. Il est tout simplement Ed Moseby tant le rôle semble avoir été écrit pour lui. Découverte du film : Edgar Ramirez qui campe un Choco romantique et ambigu avec grâce (ses regards en disent long) et qui donne à son personnage sa richesse. Espérons qu'il n'en restera pas là. Et puis il y a toute cette brochette de seconds couteaux tous aussi bons les uns que les autres : Christopher Walken, lucy Liu, Jacqueline Bisset, Mena Suvari, Delroy Lindo. Malgré leur importance plus ou moins secondaire (mais ils sont quand même au premier plan des personnages et guident l'intrigue en apparaissant à des moments différents) il arrivent par leur talent à donner à leurs personnage toute leur personnalité.

L'émotion est toujours présente dans le film et Scott sait y faire en ne trichant jamais avec son public (un des seuls à n'avoir jamais triché d'ailleurs, malgré des films médiocres parfois). Car Domino est parfois dure, car si l'arrachement d'un bras au fusil à pompe se fait en 10 plans sur fond de musique rétro, on ressent quand même l'horreur de la chose. L'émotion est d'ailleurs provoqué frontalement vis à vis du spectateur : rire, répulsion ou même émanations sexuelles, comme dans la scène du trip sous mescaline. C'est ici aussi que Domino a pu perdre son public, en étant un grand huit pour les sens mais aussi les émotions. Car sous l'attitude désinvolte et rock, il y a une âme, qui ne demande que l'adhésion au film pour être découverte.

Domino est donc en quelque sorte l'aboutissement des recherches visuelles de Tony Scott. Mais se serait réducteur que de cloisonner ce superbe objet filmique dans ce registre. Film d'une incroyable densité émotionnelle et thématique, qui est avant tout fait pour le cinéphile et son plaisir directe (citations, acteurs, situations), Domino a de quoi diviser. Il peut être indigeste si l'on ne rentre pas dans son univers particulier mais pour peux que votre sensibilité et votre culture vous fassent adhérer au monde (car c'est tout un monde) bâti par Scott alors vous vivrez une expérience incroyable. Véritable manifeste de cool attitude doublé du récit d'une héroïne sublime (on ne le dira jamais assez), Domino est un film qui se savoure, un film plus riche qu'il ne peut paraître. En le chroniquant je n'ai pas eu l'ambition de l'analyser vraiment ou de lui rendre l'honneur qu'il mérite, mais celle de faire partager mon enthousiasme pour ce très bel objet filmique. Domino un chef d'½uvre ? Ce serait un terme trop classique pour qualifier ce film qui justement refuse toute forme de classicisme en préférant la liberté dans tous les domaines. En tout cas une bombe de bonheur qui explose littéralement, une révolution.

Ma note : 8/10 confine au génie (et j'assume ce propos). Génie dans tous les domaines d'ailleurs.
# Posté le samedi 13 janvier 2007 10:04

2006

2006
1 Miami Vice
2 Munich
3 La colline a des yeux
4 Les infiltrés
5 Lord of War
6 Les fils de L'homme
7 Le nouveau monde
8 The Fountain
9 Babel
10 Silent Hill

Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu année si remplie. Etablir le top fut difficile et les places ne sont pas définitives. Petit retour sur une année incroyable.

En première place un Miami Vice qui a fait l'effet d'une bombe. Mann atteint sa quintescence (enfin, plutôt avec Collateral mais il signe ici le sommet du polar). Classe, réaliste, novateur, divertissant. Du vrai chef d'oeuvre sur pellicule, sublimé par un rendu artistique hallucinant (même s'il divise) et une BO encore une fois à tomber (il fallait être fort pour caser de la house dans un film ou encore des morceaux comme Numb Encore). Comme vous l'aurez compris, je suis tombé amoureux du dernier bijou de Mann qui s'aura vite s'imposer comme une classique. Tout simplement indispensable.

Spielberg a frappé fort de son côté avec son thriller historique fracassant : Munich. Thématique ultra dense (au point de perdre ceux qui n'aurait pas suffisemment de repairs historiques, culturels et religieux), rendu visuel hallucinant, acteurs en état de grâce. Une reconstitution minutieuse mais avant un grand film sur la haine et la violence. Il y avait longtemps que Spielberg n'avait pas fait si mal (bien que sa guerre de mondes fut réjouissante). Il livre un sommet du thriller, un film qui échappe à tous les qualificatifs. Sublime.

L'horreur fut aussi à l'honneur avec La colline a des yeux version Aja. Sur un format standard le français arrive à développer toutes ses thématiques de façon crédible (contrairement au kistchissime film original où Doug se mettait d'un coup à courrir dans les collines avec son maillto de bain.) en étoffant ses personnages à travers des scènes courtes mais réaliste. Visuellement c'est beau, préférant le désert marocain aux décors cradingues habituels. Claque visuelle mais aussi horrifique car la peur est bel et bien au rendez vous (il est d'ailleurs conseillé de ne pas avoir vu l'original car cela pourrait gâcher la surprise). La violence est extrême, Aja n'évitant jamais le frontal. Bref magnifique, violent, classe, intense, gore, sublime, vrai. La colline a des yeux c'est de l'horreur ultime, à ne pas manquer.

Scorsese lui revient en force. A travers Les infiltrés, remake d'infernal affairs (polar intéressant mais souffrant des scories typiques du cinéma HK), le génie parvient à étaler encore une fois sa griffe : violence, réalisme, valeurs, ambiance, description. Après un gangs of new york mauvais et un aviator facile mais pas parfait, Scorsese revient au cinéma de la rue, celui qui l'a rendu célèbre. Pas de cynisme facile, juste une envie de réalisme qui s'exprime à travers un script malin et des acteurs sublimes (Di Caprio nous tirerait des larmes, Nicholson encore une fois fait son show et ça marche si bien). Un sommet de polar par un dieu du polar qui livre ici l'un de ses meilleurs films depuis longtemps, une vraie claque. A voir absolument.

Quel surprise j'ai eu le premier mercredi de 2006 en allant découvrir la dernière bombe d'Andrew Niccol, le bien nommé Lord of War. Monument de cynisme, porté par un Nicolas Cage génial (à son habitude) qui trouve ici l'un de ses meilleurs rôles. Un divertissement hautement intelligent qui refuse les compromis, c'est en quelque sorte une visite guidée réaliste (et très bien scénarisée) dans l'univers des traffics d'armes avec pour guide un Nicolas Cage qui arrive à tenir encore plus son public. Un film monstrueux, génial, si divertissant, si vrai. Les jeux de mots faciles on fusé à sa sortie mais je leur donne raison : Lord of War n'est pas une balle à blanc et fait mal, très mal.

Grosse surprise de la part du mexicain Alfonso Cuarron, qui signe un véritable sommet du film d'anticipation avec Les fils de L'homme. Je ne m'attendais à rien en allant le voir, j'ai tout simplement été boulversé. C'est en quelque sorte la somme de tout ce qu'on a pu trouver de mieux dans le cinéma d'anticipation de ces dernières années mixées par un Cuarron qui nous assène un coup avec une caméra nouvelle, avec des plans séquences à répétition. Faudrait-il écrire un livre pour détailler la richesse de ce chef d'oeuvre ? Je pense plutôt que la vision du film se suffit.

Un autre retout fracassant et pas n'importe lequel : Terrence Malick. Projet longtemps attendu, le nouveau monde débarque enfin et vis à vis de l'auteur que l'on connait on n'est pas déçu. Beau, intense, humaniste, on peine à décrire le nouveau monde par des qualificatifs autres que ceux que nous a enseigné Malick à travers sa courte mais grande filmographie. ce qui empêche le film de se hisser à une plus haute place serait la dernière partie à Londres que j'ai trouvé molle quoiqu'intéressante. Mais cela dit, ne passez pas à côté de ce chef d'oeuvre c'est un indispensable.

Cela faisait des années que l'on attendait The Fountain, le dernier Darren Aronofsky. Quand les feux se sont rallumés, je ne savais si je venais d'assister au plus grand film ou au plus grand navet de tous les temps. Après une nuit de sommeil agitée j'ai tranché pour chef d'oeuver incomparable, mais le choc est encore trop récent pour que je décide de le mettre devant des films qui m'ont semblé des évidences. Cela dit, je vous invite à lire ma critique qui résume bien ce que je pense du film (critique dans l'article ci-dessous). Ultime.

Autre Mexicain à nous asséner un grand coup : Alejandro Gonzalez Iñarritu. Après un 21 grammes intéressant mais trop envolé, il nous livre le sommet de sa carrière avec Babel, somme de toutes ses obsessions scénaristiques et formelles. En filmant ses histoires croisées à hauteur d'homme le mexicain ne trompe jamais son public et ne triche pas avec les sentiments et livre un concentré de drame dans ce film réaliste et poignant. Magnifique.

Enfin dernière grosse surprise de l'année et pas des moindres vu qu'il s'agit d'une adaptation de jeux vidéo. Mais attention, il s'agit de Silent Hill et c'est Christophe Gans qui est aux commandes. Au final un film novateur, plastiquement parfait, très vrai (les sentiments sont là). Il s'agit d'une horreur picturale, d'un univers diaboliquement cohérent et le français nous y plonge à grand renfort d'effets spéciaux ahurissants et de travellings impressionants. Un grand film non conventionnel qui sait se détacher de son modèle et de ses références pour arriver à gagner sa propre personalité. Inestimable.


Une année riche donc, avec d'autres bons films évidemment. Le Dahlia noir s'est avéré très bon malgré le fait qu'il ne reprenne qu'un dixième de l'un de mes bouquins préférés. Et j'ai pourtant beaucoup aimé. De Palma a une chance de revenir à son niveau d'excellence.
Le second volet des pirates des caraïbes fut également une bonne surprise. J'avais détesté le premier, le 2 m'a conquis malgré quelques menus défauts. Exotisme, sens de l'aventue, sens de l'épique mais aussi construction d'un univers riche digne d'une saga (une sage de 2 épisodes si le 3 est bon). Bref du vrai serial exotique et divertissant, bien fait.

2 grosses déceptions cependant
Le labyrinthe de Pan. J'en attendais énormément, au final j'y ai découvert un film qui pour atteindre le statut de chef d'oeuvre aurait du être tronqué de sa moitié. Lent mais pas toujours prenant, le dernier Del Toro fut pour moi une grosse déception aux vues de ce que j'en attendais même s'il demeurre un bon film.
Casino Royale était annoncé comme un sommet de film d'action, le renouveau d'une saga en perte de vitesse. C'est avec l'espérance de découvrir un "james bond begins" que je me suis assis et c'est déçu que je me suis levé. Pas si violent, pas si réaliste, le film se perd dans des considérations inutiles, change de ton en oubliant de garder au moins quelques repairs avec la saga. La moitié du film n'est pas toujours excellents, Craig n'est pas toujours convaincant. Mais certaines qualités font qu'on laissera une autre chance à la sage.

Les mauvais films feurent aussi légion et je n'ai pas l'intention de chroniquer des bouses comme Da Vinci Code (un navet puissance 1000), Sheitan (tout simplement atterrant, si c'est ça la jeunesse créative) ou encore plein d'autres.

Je veux également rendre un hommage à un film unique : The devil's rejects. J'aurais aimé le citer dans le top devant Babel et Silent Hill (au moins) tant ce film divin (ou plutôt démonique) mérite l'attention. Véritable concentré de culte, de culture, the devil's rejects est définitivement un chef d'oeuvre qui met sur pellicule tous nos fantasmes les plus fous. Un film en résumé indispensable et définitif, que je n'ai pas cité pour une raison qui m'échappe encore mais qui aurait plus que mérité.

Une année correcte également sur le plan du DVD. Là encore je ne vais pas m'éttendre sauf sur un point : la redécouverte de Blade Runner dans une copie restaurée qui assoit définivement le statut de chef d'oeuvre immense du film. Un bonheur pour tout cinéphile.

Ce fut une année monumentale et c'est en espérant celle ci tout aussi grande que je vous souhaite une bonne année.
# Posté le mardi 02 janvier 2007 09:47

THE FOUNTAIN

THE FOUNTAIN
A notre époque, peu de réalisateurs peuvent encore se vanter d'être uniques et d'avoir développé un cinéma qui leur est propre. Il y a certes les descendants du nouvel Hollywood (Scorsese, Spielberg etc....), les auteurs qui donnent leur noms à des qualificatifs qui désignent leur ½uvres (peut on définir un film de Lynch par un autre adjectif que lychien ?) et puis les autres. Darren Aronofsky est un petit génie qui en 2 films a su imposer au monde des cinéphiles son statut hors du commun. D'abord PI, thriller mathématique et fauché qui était une plongée dans l'univers métaphysique déliquescent d'un homme dont la quête était la résolution du nombre ultime. Un premier électrochoc qui nous asseyait littéralement (Aronofsky est peut-être le seul cinéaste à procurer des chocs tant physiques que mentaux) mais où l'on relevait de rares petites imperfections (l'envie de tout montrer dans un premier film) qui heureusement n'entachaient en rien la vision de ce film culte. Puis en 2000 vint Requiem for a dream, choc qui balaya tout sur son passage. Véritable requiem bâti en spirale, ce chef d'½uvre sur l'addiction et la recherche d'un paradis inexistant assit définitivement le statut de génie d'Aronofsky. Baroque, moderne, métaphysique, formellement incroyable (la marque d'un auteur à la fois novateur mais si génial), sensationnel (les sensations ressenties étaient hors du commun), fatal, à la musique divine (Clint Mansell aussi imposait un choc). Un chef d'½uvre qui nous renvoyait à nous même, porté par un scénario méticuleux (adapté d'Hubert Selby Jr.), des acteurs habités par leur rôle (Ellen Burstyn qui y laissa de sa santé), Requiem for a dream était une révolution et laisse des traces dans le parcours du cinéphile (il faudrait beaucoup de place pour en parler). C'est donc avec impatience que l'on attendait The Fountain, projet maintes fois reporté qui arrive enfin en 2006. le résultat est là, sans appel.

The Fountain raconte le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime.
Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, censée offrir l'immortalité.
Aujourd'hui. Un scientifique nommé Tommy Creo cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi.
Au XXVIe siècle, Tom, un astronaute, voyage à travers l'espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent depuis un millénaire.
Les trois histoires convergent vers une seule et même vérité, quand les Thomas des trois époques - le guerrier, le scientifique et l'explorateur - parviennent enfin à trouver la paix face à la vie, l'amour, la mort et la renaissance.


The Fountain était un projet qui tenait vraiment à c½ur à Aronofsky. Après une première mouture envoyée à la Warner, le réalisateur se vit allouer un budget confortable de 100 millions de dollars. Dans les rôles principaux, Brad Pitt et Cate Blanchet. Malheureusement, la star quitta le navire pour aller rouler des mécaniques dans le péplum chewing-gum Troie (quoique sympathique) et la Warner, affolée par les envolées du budget, stoppa net le projet. A partir de ce moment Aronofsky remania son script et envoya une copie de l'original à un célèbre dessinateur de comics qui en fit l'adaptation. Budget revu à la baisse par un script qui fit des concessions mais aussi peut-être maturation et approfondissement (on ne le saura peut-être jamais), le projet The Fountain put être remis en route. Dans les rôles principaux, Hugh Jackman et Rachel Weisz, devenue madame Aronofsky. Alors que l'on pouvait craindre un blockbuster émotionnel (une bande annonce qui laissait présager un simple film d'aventure à travers le temps), Aronofsky nous prouve une fois de plus son génie dans son meilleur film, ce qui n'est pas peu dire.

L'amour est il éternel ? Une question qui semble traverser le film et qui, si elle semble assez enfantine, est ici traitée avec une grande complexité. Car Aronofsky, malin, multiplie les pistes de lectures. Simple rêve ou complexe métaphysique relatant une quête sur 3000 ans ? A la sortie de salle, les questions persistent et l'on n'arrive pas à trancher. Moi même je ne savais quoi penser et il me fallut une bonne nuit de sommeil pour arriver à saisir un dixième de l'ampleur de ce que je venais de voir. Mais au c½ur de la complexité qu'il met en place, Aronofsky a la bonne idée de ne pas tricher avec les sentiments. On a rarement était étreint par l'émotion comme dans les scènes entre Tom et Izzi, où, au delà de l'amour et de la mort, il y a ces deux êtres, si humains. Mais le réalisateur choisit aussi de nous toucher directement par des procédés pas si évidents. Ne voit on pas d'une certaine façon ce qu'il y a après la mort ? Ce type de complexe appartient purement au style Aronofsky, qui après nous avoir plongé directement dans l'univers mental du mathématicien de PI nous faisait ressentir les sensation suites au prises de drogue ou des sensations comme la paranoïa dans Requiem for a Dream. Ce façon de toucher directement le spectateur à la fois par un complexe mental mais aussi par un mise en scène inspirée est utilisée frontalement dans certaines scènes de The Fountain.

Mais est-il possible de définir The Fountain ? En touchant à ce point l'universalité, Aronofsky ne fait rien moins que toucher à l'essence des thèmes comme l'amour, la peur de la mort, la quête intérieure (si la quête est purement intérieure). Il touche à l'essence du fantastique et de la science-fiction. Le réalisateur croise les époques, faisant apparaître ses personnages à des moments différents, comme pour souligner l'idée du parcours initiatique, de la quête intérieure (Tom apparaissant devant le prêtre maya qui réalise qu'il a en face de lui l'incarnation de sa croyance). Le face à face entre Tomas et les indiens (qui à l'origine aurait du être une guerre entre l'armée espagnole et l'armée maya) ne fait que renforcer cette idée, car en abandonnant sa peur l'homme fait un pas à la fois physique et mental vers sa quête de l'amour et la vie éternelle. Une façon de soit renforcer l'idée de quête (si ce récit est réel) soit de rendre plus fort le message qu'Izzi veut faire passer à Tommy à travers son manuscrit The Fountain.

Formellement, c'est tout simplement une révolution. Les personnages sont cadrés de près pour coller à leurs émotions. Aronofsky veut encore ici inscrire son ½uvre dans l'universalité. Ici le montage ne suit pas les mêmes règles que dans Requiem for a dream. Les scènes se suivent de façon plus posées, les plans sont souvent d'une symétrie effarante et en tout cas d'une beauté plastique jamais vue (malgré le budget revu à la baisse on a parfois du mal à y croire que ce soit dans le passage de Tom avec l'arbre du futur ou lors de la découverte de l'arbre de vie par Tomas). Certains éléments du style Aronofsky sont bien reconnaissable : vue en plongée directe, contre jour ou encore un travelling incroyable et silencieux suivant subjectivement Tommy dans la rue avant que celui-ci ne soit ramené à la réalité par une voiture qui manque de l'écraser. Le score de Clint Mansell atteint des sommets de magnificence. Une musique divine qui illustre avec grâce les sublimes images et qui se révèle indispensable. Les acteurs, très rares (et l'ont voit surtout les deux principaux voir même encore plus celui de Tommy) sont touchés par la grâce. Jackman (après les prestige) ne trouve ici rien moins que le rôle de sa vie. Il livre une interprétation bouleversante, tout simplement incroyable (les scènes de la mort d'Izzi en témoignent). De son côté, Rachel Weisz parvient elle aussi à nous émouvoir aux larmes dans des scènes parfois risquées comme l'étreinte passionnée dans la baignoire ou lorsqu'elle déclare qu'elle n'a plus peur de la mort. Elle trouve également ici le rôle de sa vie.

Il serait long de parler de The Fountain et criminel de prétendre pouvoir analyser en quelques lignes ce chef d'½uvre. Darren Aronofsky arrive sur une heure et demie (à peine le format normal) à nous en dire plus que beaucoup d'autres films sur plus de trois heures. Une performance incroyable de la part de l'auteur (car il est définitivement un auteur). Les qualificatifs manquent pour décrire The Fountain. Une histoire d'amour, un récit métaphysique (il suffit de voir Tom se détacher de la bulle entourant l'arbre dans un plan magnifique pour comprendre), récit universelle, quête spirituelle (diverses religions sont présentes : la chrétienne pour les espagnols, le bouddhisme avec l'idée de renaissance, la religion des mayas). Les qualificatifs seraient aussi nombreux, aussi nombreux que le sont les pistes de lecture. Car est-ce vraiment un récit à travers les âges ou simplement la description du mental d'un homme refusant de regarder la mort en face (« La mort est une maladie comme les autres. Je trouverai comment la soigner » déclare-t-il avec une force d'une émotion rare) ? Le fait est qu'au final, on ne ressort pas le comme avant d'une projection de The Fountain.

A travers cette critique, je n'ai pas tenté d'effleurer le dixième de la richesse de l'½uvre. Un film au delà du temps et de l'espace (Xibalba est-elle la quête suprême de tout humain ?), Darren Aronofsky vient encore de nous asséner une claque incomparable. Il livre ici son meilleur film, parvenant à surpasser ses précédents opus par un chef d'½uvre indescriptible. Une chose demeure : il faut voir à tout prix The Fountain pour se faire une idée. Je me suis fait la mienne et je n'en suis pas revenu. Comparer ce film à 2001 (comparaison plus que très honorable) ou encore à Solaris (de Tarkovski et pas de Soderbergh bien évidemment) serait priver le film de son identité propre mais révèle une envie de comprendre le film, de la rapprocher de quelque chose de connu, de la rationaliser. Darren Aronofsky touche simplement à l'ultime.

Ma note : 10/10 Essentiel, indispensable, ultime.
# Posté le dimanche 31 décembre 2006 06:42

LES FILS DE L'HOMME

LES FILS DE L'HOMME
La vie du cinéphile est jalonnée d'expériences inoubliables qui le sont d'autant plus par leur caractère inattendu. Qu'un film attendu pendant des mois voir des années comble nos attentes voir les outrepasse et s'impose à nous comme une référence immédiate procure un plaisir immense, mais qu'un film dont on n'attendait et ne connaissait que peu ou prou de choses au moment de l'extinction des lumières et qui arrive au même constat que le type de films précédemment cité procure un plaisir encore plus grand. C'est le cas des Fils de L'homme, que je vis poussé par les bonnes critiques ambiantes et la simple envie de découvrir le nouveau film d'un réalisateur que j'aurais classé, à l'époque, dans la catégorie « assez bons auteurs ». La claque ressentie n'en fut donc que plus grande. Aurais-je seulement rêvé d'un film comme celui-ci ? Mais il est fait, et mérite sérieusement qu'on se penche dessus pour au moins en effleurer une petite partie.

Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection...

Il s'agit avant tout d'une adaptation d'un roman de P.D James (que je n'ai pas lu, donc objectivité totale à la vision du film). Sorti en 1993, cette ½uvre d'anticipation intéressa fortement la productrice Hilary Shor, si fortement qu'elle en acquit les droits l'année suivante. S'en suivra alors un long travail d'adaptation de plus de neuf ans, précédent la mise en chantier du projet (idée de faire le film venue après adaptation ce qui entraîna une pré-production importante à réaliser de A à Z et qui dura longtemps). Alfonso Cuaron, après avoir refusé le poste de réalisateur suite à une première mouture du script qui lui déplut, accepta après remaniement de prendre en charge cette aventure qui l'enthousiasma fortement et où il put apporter sa griffe personnelle. Ainsi le talentueux réalisateur greffera à son richissime matériau de départ des obsessions aussi bien formelles que thématiques qui donnent au final le chef d'½uvre que l'on connaît, ou de moins que l'on devrait connaître.

Comme toute ½uvre d'anticipation, le contexte prime pour développer une trame cohérente. Ici nous sommes en 2027, soit un futur pas si lointain. La plupart des pays sont déchirés par les guerres. Reste l'Angleterre, relativement unie et cohérente mais néanmoins en crise, avec des émigrés enfermés en cages à la périphérie de la ville et une politique assez répressive. L'autre problème majeur est l'infertilité des femmes. Aucune femme ne peut avoir d'enfant, ce qui fait que la plus jeune personne en vie au monde, dont on apprend la mort au début du film, est âgée de plus de 18 ans. La crise est latente, avec un terrorisme très présent, une peur constante. Les médicaments pour se suicider sont en vente libre et se vendent bien. Le malaise est donc bien palpable dans le contexte d'anticipation : rejet de l'autre, impossibilité à communiquer, ombre du terrorisme qui se répand, malaise social et général. Des problématiques tristement d'actualité. C'est dans ce contexte sombre que commence le récit, par une explosion dans un café où le héros, Théo (magnifiquement interprété par Clive Owen, mais nous y reviendrons), vient d'acheter son café tout en apprenant la mort de l'être humain le plus jeune sur Terre. Un plan séquence qui se focalise sur le personnage et ses perceptions, avec une explosion tonitruante que l'on ressent comme si l'on y était.

Ce sera alors un enchaînement d'évènements, de l'enlèvement de Théo par des terroristes menés par Julian, l'ancienne femme de Théo qui lui confie la tâche d'escorter Kee, femme noire, jusqu'à la mer. Mais Julian va vite mourir, et Théo va vite se retrouver au centre de cette quête où il prendra de terribles décisions suites à de terribles évènements. Car il apprendra que Kee est en fait la seule femme enceinte sur Terre, une prostituée émigrée, et il devra l'escorter jusqu'à un bateau médical. Un périple difficile fait de rencontres, de prises de conscience et de mésaventures. Mais révéler entièrement l'intrigue des Fils de L'homme serait bien difficile. La richesse du scénario faisant traverser aux personnages nombre de lieux (il s'agit d'un vrai périple dans une Angleterre rendue crédible par le budget alloué), résumer l'intrigue serait presque impossible sur le plan de l'exhaustivité. Il en va de même sur le plan thématique où vision du film s'impose pour en effleurer l'essence.

Formellement c'est une claque. La caméra est presque toujours centrée sur le personnage de Théo et ses perceptions et on ne compte plus les plans séquences (le film en est largement constitué) dont un particulièrement mémorable. Le ton affiché par Cuarron est celui d'un documentaire sans que cette approche novatrice n'entrave les qualités visuelles du film. Cela donne des moments d'anthologie comme le plan séquence du début ou encore celui de Mexhill, très long, qui part du départ de Théo et Kee (le matin, après naissance du bébé), continue par une confrontation puis dans la rue où la guerre éclate pour continuer dans un immeuble dans une longue séquence de montée et descente des marches avec entre de nombreuses péripéties et se termine dans la rue où la guerre s'arrête l'espace d'un instant lorsque le bébé est vu. Du jamais vu visuellement même si l'on devine qu'il ne fut pas tourné d'un bloc. Cuarron sait filmer les décors mis à sa disposition. Ainsi chacun, futuriste et réaliste à mourir, est sublimé par la caméra du mexicain. C'est une véritable révolution visuelle mais ladite révolution n'est en elle même pas le centre d'un film qui peut se vanter d'aborder une thématique d'une densité rarement atteinte.

Car c'est en quelque sorte notre monde et ses angoisses transposées une vingtaine d'années plus tard qui sert de cadre au film. Le terrorisme est présent, la maladie aussi. Les tensions d'aujourd'hui auraient fait éclater ce socle fragile et c'est dans ce socle détruit et ravagé que Cuarron fait évoluer son récit. Je n'ai pas pour prétention de dresser une liste des thématiques abordées dans le film, plusieurs visions étant nécessaires pour en saisir l'ampleur. Cuarron ne triche jamais avec son public, préférant l'émotion et le réalisme a une mise en scène expressionniste et démonstrative. Mis à part quelques écarts de bon goût (Kee révèle sa grossesse dans un étable par exemple), le réalisme prime ce qui renforce l'impact de l'histoire. Les acteurs sont vecteurs de cette émotion. Clive Owen met tout son charisme et tout son talent au profit pour son personnage de Théo qu'on découvre au cours du récit, en prenant compte en même temps que lui des enjeux (le film étant centré sur lui). Le personnage de Julian Moore, ambigu, meurt très rapidement (refus total des concessions hollywoodiennes) mais le peu de son personnage aperçu suffit à nous convaincre, à la fois charismatique par l'actrice et trouble (il s'agit quand même de la chef des terroristes.). Michael Cain excelle comme toujours dans son rôle. Il arrive a faire monter la tension dramatique lors de scènes pourtant assez risquées (sa mise à mort). On peut néanmoins émettre un bémol sur la nature de son personnage, sorte de cliché des films d'anticipation (vieil homme reclus dans sa forêt et sage qui cultive son chanvre et vis loin du regard du monde avec sa femme handicapée) mais qui se révèle indispensable à la cohésion du récit.

Il serait long de disserter sur les films de l'homme, véritable claque cinématographique. Tirant au maximum profit de son contexte d'anticipation, Cuarron arrive à plaquer toutes les obsessions à la fois contemporaines mais aussi universelles pour toucher à l'infini. Au final, un film d'anticipation somme (à côté, toutes les récentes et nombreuses plongées dans le genre sont anecdotiques, même les Spielberg.) qui en divertissant de bout en bout (on est littéralement scotché au siège) parvient à toucher le spectateur. Formellement c'est une révolution, à la violente mais qui n'entrave en rien sinon accentue la vision du métrage. Restent quelques scories (comme le non charisme de certains seconds rôles) qui empêchent de rendre parfait ce petit bijou de la SF. Pour une des premières fois (il y avait 2001, Blade Runner), on touche à la richesse d'un univers de science fiction par le biais du grand écran. Tout simplement une révélation, indispensable à tout bon cinéphile qui se respecte, quelque soit son avis. Le mien est que « Les fils de L'homme » touche au génie.

Note : 10/10 Tout simplement LE film d'anticipation moderne.
# Posté le samedi 30 décembre 2006 07:48
Modifié le dimanche 31 décembre 2006 06:43